La Libye suspend dix ONG internationales accusées d'activités "hostiles"

Publié le 3 avr. 2025 à 08:20

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Crédit Photo : Autre Presse

La Libye a annoncé mercredi la fermeture des sièges de dix organisations humanitaires internationales et la suspension de leurs activités, les accusant de menées "hostiles" et de vouloir "installer des migrants" d'Afrique subsaharienne sur son territoire.

Peu avant, avait filtré une lettre d'ambassadeurs principalement européens et d'un représentant de l'ONU, obtenue par l'AFP, dénonçant "une campagne de répression contre les ONG internationales et les travailleurs humanitaires".

Le document faisait état d'interrogatoires d'employés locaux d'au moins six ONG, certains privés de passeports, d'autres forcés à démissionner.

Lors d'une conférence de presse inhabituellement traduite en anglais, le porte-parole de l'Autorité de sécurité intérieure (ASI, rattachée au ministère de l'Intérieur) a imputé aux ONG la volonté de "porter atteinte à l'intégrité de l'Etat et à sa sécurité intérieure" dans le cadre d'un "complot international".

Selon Salem Gheith, ces ONG participent à un "projet d'installation de migrants d'origine africaine en Libye", "une action hostile visant à modifier la composition démographique du pays et menace la société" libyenne.

"Ce projet n'est pas nouveau, l'Union européenne avait tenté (la même chose) avec l'ancien régime, via l'Italie", a-t-il assuré, estimant qu'après la chute et la mort du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, "l'UE a changé de moyen et a eu recours aux ONG pour faire aboutir le même projet".

Parmi les ONG concernées, il a cité le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), Médecins Sans Frontières, l'organisation française Terre des Hommes et l'italienne CESVI.

- "Trafic" -

Les autorités ont également sanctionné l'IMC (International Medical Corps), l'IRC (International Rescue Committee) ainsi que le Conseil pour les Réfugiés danois (DRC), a dit à l'AFP une source proche du dossier.

Le porte-parole s'en est pris aussi au Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), l'accusant d'implication dans des "activités illégales" qui seront, selon lui, sanctionnées par le ministère des Affaires étrangères.

Toutes les ONG sont accusées de "trafic" de migrants et de "blanchiment d'argent" sous couvert d'action humanitaire, selon M. Gheith.

Dans leur lettre datée du 27 mars et adressée au ministre des Affaires étrangères, 17 ambassadeurs, notamment de France, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Union européenne, dénoncent la convocation "d'au moins 18 membres du personnel" d'ONG. Certains ont dû "signer des engagements à ne plus jamais travailler pour une ONG internationale", affirment-ils.

Selon la source proche du dossier, le personnel expatrié des ONG fermées a été prié de quitter le territoire ou de ne plus y revenir s'il se trouvait hors du pays pour les congés de fin de ramadan.

- "Très inquiets" -

Il y a souvent eu des tensions entre les autorités libyennes et les organisations internationales mais, selon la source proche, après une période d'arrêt de l'octroi de visas aux humanitaires étrangers entre juillet 2022 et décembre 2023, tout se passait "bien" en 2024.

Dans leur lettre, les diplomates ont demandé aux autorités de permettre aux ONG "de rouvrir leurs bureaux et de redémarrer leurs opérations humanitaires dès que possible".

Ils se sont dits "très inquiets de l'impact" de la suspension des activités sur les soins de santé de base, soulignant que des cliniques privées collaborant avec les organisations ont été l'objet "d'enquêtes et/ou arrestations".

La Libye peine à se relever d'une décennie de chaos et divisions entre des groupes armés très actifs à Tripoli, et deux camps rivaux se partagent le pays depuis la chute du dictateur Kadhafi en 2011.

Plusieurs rapports de l'ONU ou d'organisations internationales ont dénoncé ces derniers mois des arrestations arbitraires de journalistes, avocats, magistrats et opposants et des exactions contre des migrants, avec la découverte de fosses communes.

Des défenseurs des droits humains accusent l'ASI et son chef, le très infuent Lotfi al-Harari, d'interpellations menées sous la forme d'enlèvements en pleine rue, de disparitions puis de réapparitions avec des aveux extorqués.