Lucky Luke n'est pas qu'une machine à gagner des duels au revolver, impassible, impénétrable. Dessiné par l'Allemand Ralf König, c'est aussi un sentimental.

 

Le personnage créé par le Belge Morris n'en finit pas de trouver de nouveaux dessinateurs. Cette fois-ci, pour "Choco-Boys" (éditions Lucky Comics), une figure de la bande dessinée gay s'approprie son univers.

 

König, 61 ans, a derrière lui une longue oeuvre, l'une des rares qu'exporte l'Allemagne dans la BD, où il plaide avec un humour bienveillant pour l'acceptation de la différence.

 

Son "homme qui tire plus vite que son ombre" prend en grippe les machistes et moralisateurs qui terrorisent le Far West. Pour lui, toutes les histoires d'amour ont droit de cité.

 

Ce n'est pas que Lucky Luke, "c'est moi qui suis sentimental. Si on connaît mes BD, on y trouve ce même type d'ambiance", remarque le dessinateur, interrogé par l'AFP.

 

Ralf König, d'ailleurs, a "souvent oublié de dessiner les revolvers. Et comme je ne travaille pas sur ordinateur, comme je fais tout à la main, je devais les rajouter après, en les découpant, en les collant... La violence, les fusillades qu'on voit dans les westerns, ce n'était pas mon sujet. Je voulais raconter une histoire romantique entre deux cow-boys".

 

Ou plutôt "choco-boys", puisque leur mission consiste à garder des vaches, importées de Suisse par un industriel du chocolat pour paître dans une vallée verdoyante au milieu des étendues arides.

 

- Part de mystère -

Le scénario, conçu comme un vaste flash-back, n'est qu'un prétexte à une foule de quiproquos. S'en mêlent les Dalton, Calamity Jane ou encore un collectionneur d'autographes appelé "Djem Lesstar" (sans ressembler à Jeremstar, un humoriste et chroniqueur de télévision français) ... Mais l'amour triomphe.

 

C'est traduit de l'allemand, et pourtant les jeux de mots, le vocabulaire, les allusions à notre culture contemporaine donnent l'impression que tout a été écrit en français. Le traducteur, Maximilian Buisson, qui vit comme l'auteur dans la région de Cologne, en Allemagne, semble garder une oreille très attentive à l'évolution récente de sa langue.

 

Ralf König dit l'avoir repéré en recrutant sur Facebook et Instagram des traducteurs pour des dessins humoristiques quotidiens sur la pandémie.

 

Mais attention : son Lucky Luke, loin de se laisser aller à la romance, garde la part de mystère qu'on lui connaît. Quand un cow-boy lui demande au coin du feu : "T'en as déjà pincé pour quelqu'un, Luke ?", il donne un seul nom, féminin : "Une fois ! Y a longtemps ! Joannie Molson !"

 

Les connaisseurs reconnaîtront là un personnage... de l'enfance de Lucky Luke, dans la série "Kid Lucky".

 

Ralf König lui-même est arrivé dans la série par amour : son compagnon travaille pour l'éditeur allemand de Lucky Luke. "J'en ai parlé comme ça en passant, en disant que je me lancerais bien dans un projet comme celui-là. Tout en ayant pleinement conscience de mes limites parce que l'univers du western ne m'est pas familier", se souvient-il.

 

Et alors que l'idée, évoquée de proche en proche, enthousiasmait tout le monde, les débuts ont été compliqués. L'auteur ne parvenait pas à trouver la bonne distance avec un Morris dont il avait été grand fan dans son enfance. "J'ai fini par comprendre qu'il fallait que je dessine la scène comme moi je voulais la dessiner. Une fois que j'ai fait ça, j'ai pris beaucoup de plaisir".