L'Ukraine a repris lundi ses exportations de céréales pour la première fois depuis le début de l'invasion russe il y a six mois, avec le départ d'un premier bateau du port d'Odessa conformément aux termes d'un accord international qui doit permettre d'atténuer la crise alimentaire mondiale.



"Le navire Razoni a quitté le port d'Odessa à destination du port de Tripoli au Liban. Il est attendu le 2 août à Istanbul. Il continuera sa route vers sa destination à la suite des inspections qui seront menées à Istanbul", a annoncé le ministère turc de la Défense.

 

Selon le ministre ukrainien de l'Infrastructure Oleksandre Koubrakov, le bateau est chargé de 26.000 tonnes de maïs.

 

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a "chaleureusement" salué le départ de ce premier bateau, exprimant l'espoir que la reprise des exportations de céréales ukrainiennes "apportera la stabilité et l'aide indispensables à la sécurité alimentaire mondiale".

 

Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a évoqué une "journée de soulagement pour le monde, en particulier pour nos amis du Moyen-Orient, d'Asie et d'Afrique". Selon lui, 16 autres bateaux chargés de céréales "attendent leur tour" pour quitter Odessa, dans le sud de l'Ukraine.

 

L'accord signé le 22 juillet à Istanbul entre la Russie, l'Ukraine, la Turquie et les Nations unies permet la reprise des exportations ukrainiennes sous supervision internationale.

 

Un accord similaire signé simultanément garantit à Moscou l'exportation de ses produits agricoles et engrais, malgré les sanctions occidentales.

 

Ces deux accords doivent permettre d'atténuer une crise alimentaire mondiale qui a vu les prix monter en flèche dans certains des pays parmi les plus pauvres au monde en raison du blocage des ports ukrainiens par le conflit avec la Russie.

 

Selon les termes de l'accord, les navires et leur chargement doivent être inspectés à Istanbul, sous l'autorité du Centre de coordination conjointe (CCC), inauguré mercredi dernier.

 

 

Sur le terrain, les frappes russes se poursuivent sur les villes ukrainiennes, notamment Mykolaïv dans le sud, où un des plus importants entrepreneurs agricoles du pays, Oleksiï Vadatoursky, 74 ans, a été tué avec son épouse dimanche. 

 

Le président Volodymyr Zelensky a rendu hommage à Oleksiï Vadatoursky, qu'il a qualifié de "héros de l'Ukraine".

 

La ville a été massivement bombardée à nouveau lundi, selon le gouverneur de la région Vitali Kim qui a fait état de trois tués.

 

Mykolaïv est proche du front dans le sud de l'Ukraine, où les forces de Kiev mènent une contre-offensive.

 

Les journalistes de l'AFP ont également constaté un bombardement russe intense de la ville de Bakhmout dans l'est de l'Ukraine. Trois civils ont été tués dimanche dans la région de Donetsk, dont deux à Bakhmout, et 16 autres blessés, ont indiqué lundi les autorités locales. 

 

Le président ukrainien avait accusé samedi les forces russes de pratiquer une tactique de "terreur" par leurs bombardements sur les villes ukrainiennes, et appelé les habitants de Donetsk à une évacuation générale.

 

Au moins 200.000 civils vivent encore dans les territoires de la région de Donetsk qui ne sont pas sous occupation russe, selon une estimation des autorités ukrainiennes.

 

 

A Sébastopol, ville portuaire qui avait continué d'abriter la flotte russe de la mer Noire après la fin de l'Union soviétique aux termes d'un accord avec Kiev, mais qui a été formellement annexée par Moscou avec le reste de la Crimée en 2014, un drone a explosé dimanche dans la cour de l'état-major de la Flotte russe, faisant six blessés, selon le gouverneur Mikhaïl Razvojaïev.

 

Pointées du doigt par le gouverneur, les autorités ukrainiennes ont démenti être à l'origine de cette attaque inédite. 

 

La Marine ukrainienne a émis l'hypothèse d'un prétexte pour annuler les festivités prévues à Sébastopol par peur d'une véritable attaque.

 

Le président russe, Vladimir Poutine, a célébré la journée de la Flotte russe loin de Sébastopol, à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), avec un discours promettant l'arrivée "dans les prochains mois" d'un nouveau missile de croisière hypersonique qui "ne connaît aucun obstacle". 

 

Par ailleurs, le Comité international de la Croix-Rouge a déclaré dimanche n'avoir toujours pas reçu d'autorisation officielle de Moscou pour se rendre à Olenivka, en territoire occupé par les Russes dans la région de Donetsk, où une explosion dans un hangar abritant des soldats ukrainiens prisonniers a fait 50 morts et 73 blessés graves.

 

Samedi soir, le ministère russe de la défense avait affirmé avoir "officiellement invité" des experts de l'ONU et du CICR à se rendre sur place "dans l'intérêt d'une enquête objective".

 

L'Ukraine avait dès vendredi demandé au CICR et à la Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations unies, qui avaient supervisé en mai la reddition négociée avec les Russes des défenseurs de l'usine d'Azovstal à Marioupol (sud-est), de se rendre à Olenivka. Le président Zelensky avait souligné que l'ONU et le CICR s'étaient portés "garants" de la vie des soldats ukrainiens et devaient "réagir".