Le président iranien qui sortira vainqueur des urnes à l'issue de l'élection des 18 et 25 juin devra faire face à plusieurs défis majeurs.

 

Redresser l'économie

C'est la première des priorités. En 2018, la sortie des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions américaines que ce pacte avait permis de lever ont plongé l'Iran dans une violente récession, aux effets amplifiés par la pandémie de Covid-19. Tous les candidats l'affirment : la priorité est d'obtenir la levée de ces sanctions à l'issue des négociations en cours à Vienne sur un retour de Washington dans l'accord, pour permettre à l'économie de repartir.

 

"Si ces sanctions sont levées, on aura une stabilisation de l'environnement macroéconomique avec une accélération de la croissance et une baisse de l'inflation", dit Thierry Coville, chercheur spécialiste de l'économie iranienne à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris. Mais il faudra accompagner les attentes de la population car "un des risques est que les gens pensent que tout va s'améliorer tout de suite et se retrouvent très déçus", prévient-il.

 

Quelles relations avec le monde ?

Si un compromis sur la question nucléaire est trouvé, comme cela semble probable, cela "ne permettra néanmoins probablement pas un retour des investisseurs occidentaux sur le marché iranien à court terme", estime Clément Therme, chercheur associé à l'Institut universitaire européen de Florence.

 

"Pour ce faire, une normalisation diplomatique entre Téhéran et Washington semble une condition indispensable", dit M. Therme. Or le guide suprême Ali Khamenei se montre hostile à tout rapprochement avec le "Grand Satan". Pour M. Therme, "le nouveau président devra trouver une nouvelle voie pour assurer un minimum d'amélioration des conditions de vie économiques de la population en gérant le niveau d'hostilité avec [le gouvernement du président américain Joe] Biden".

 

Dans le cas attendu d'une victoire de l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, qui dit vouloir privilégier les relations avec les pays géographiquement proches de l'Iran, une persistance des tensions avec l'Occident est prévisible, mais le processus de normalisation avec l'Arabie saoudite, grand rival régional de l'Iran, devrait se poursuivre, selon plusieurs experts. 

 

Sortir de la crise sanitaire

Pays du Proche et du Moyen-Orient le plus touché par la pandémie de Covid-19, l'Iran a pris du retard dans sa campagne de vaccination, en partie à cause des sanctions américaines, qui ont entravé les efforts du pays pour obtenir des vaccins. Un allègement des sanctions ainsi que la possible mise sur le marché à court terme d'un ou plusieurs vaccins de conception iranienne pourrait faciliter la tâche du prochain gouvernement.

 

Regagner la confiance du peuple

"La crise de confiance [vis-à-vis des autorités] est profonde et à grande échelle", constate le journaliste réformateur Ahmad Zeidabadi. En témoigne l'abstention record (57%) enregistrée aux législatives de février 2020 - et qui pourrait encore augmenter le 18 juin.

Le drame de l'avion de ligne ukrainien (176 morts) abattu en janvier 2020, et pour lequel les autorités n'ont reconnu leur responsabilité qu'après trois jours de dénis, ainsi que la répression sanglante de deux vagues de contestation, à l'hiver 2017-2018 et en novembre 2019, ont laissé des traces."Le futur gouvernement devra prendre quelques mesures immédiates pour rétablir la confiance’’, estime M. Zeidabadi, parmi lesquelles, selon lui, "lever le blocage de certains réseaux sociaux tels que Telegram et Twitter [et] renoncer à être sévère sur le voile des femmes". 

 

L'environnement, priorité oubliée

"La crise environnementale en Iran est une réalité", note M. Coville, mais jusqu'à présent, "on a l'impression que le gouvernement n'est pas capable de mettre en place une politique d'ensemble". "Les ressources en eau sont épuisées", déplore M. Zeidabadi, mentionnant aussi "la destruction des ressources naturelles" sous la pression de certaines activités économiques. Malheureusement, ajoute-t-il, "il suffit qu'il pleuve deux fois pour que les responsables l'oublient complètement". Les questions environnementales ont d'ailleurs été absentes des trois débats télévisés entre les candidats.

"Les questions environnementales seront [...] d'une très grande importance", mais "les causes du problème [sont hors du] champ des compétences du président’’, estime M. Therme en faisant référence aux "intérêts économiques des entreprises" du secteur parapublic échappant au contrôle de l'exécutif.