Modéré par David Sohou, ce panel qui s'est tenu le 27 mars dernier a vu l’intervention de plusieurs figures engagées, notamment Christelle Medaho et Landry Angelo Adelakoun, qui ont dressé un tableau préoccupant de la société civile au Bénin.
"La société civile béninoise est aujourd’hui affaiblie par des lois restrictives qui limitent les prises d’initiative. Nous constatons une disparition progressive des marches revendicatives et des dénonciations publiques", a déploré Landry Angelo Adelakoun, juriste et consultant en gouvernance démocratique. Pour lui, la vitalité associative s’est muée en un attentisme inquiétant.
Cependant, malgré cette baisse d’activité, des signes d’espoir émergent. "De nouveaux moyens d’action se développent, notamment le plaidoyer et le contentieux stratégique. Nous voyons aussi apparaître de nouvelles figures engagées qui luttent avec d’autres outils", a souligné Adelakoun, appelant à une réflexion profonde sur les stratégies à adopter pour redynamiser l’engagement citoyen.
De son côté, Christelle Medaho, activiste et analyste politique, a souligné la nécessité de réinventer les formes d’action pour rester pertinent dans un contexte politique changeant. "Nous devons cesser de regretter le passé et nous concentrer sur la manière d’adapter notre engagement aux réalités actuelles. La société civile ne peut pas rester figée dans des schémas d’action qui ne fonctionnent plus. Il faut innover pour rester influent", a-t-elle affirmé avec conviction, invitant les acteurs à repenser leurs stratégies.
Pour sa part, Nourou-Dine Saka Saley, intervenant et analyste politique, a pointé du doigt un paradoxe : "Ceux qui ont été très actifs dans la société civile se retrouvent aujourd’hui dans des postes de responsabilité et limitent les initiatives qu’ils portaient hier. La société civile est devenue un tremplin vers le pouvoir, alors que cela devrait être l’inverse".
Les échanges ont également permis aux participants, parmi lesquels de nombreux étudiants et chercheurs, d’apporter des contributions pertinentes. La question de l'inclusion des jeunes et des femmes a été largement débattue, tout comme la nécessité de renforcer l'éducation civique pour faire émerger de nouveaux leaders associatifs.
Aissata Diallo, assistante programme du Laboratoire Ouest Méditerranée, s’est réjouie de cette mobilisation et de l’engouement suscité: "Nous avons organisé ce Café Démocratique pour créer un espace d’échange et de réflexion sur les défis que rencontre la société civile béninoise, surtout à l’approche des élections présidentielles. Les débats ont permis de faire émerger des pistes de solutions concrètes".
En clôture, les participants ont salué l’initiative et exprimé leur souhait de voir ce type de rencontre se multiplier afin de renforcer l’esprit critique et l’engagement citoyen.
Depuis sa création en 2024, le Café Démocratique s’est imposé comme un espace d’échange incontournable pour les acteurs engagés en Afrique de l’Ouest. Après avoir essaimé en Côte d’Ivoire, notamment à Abidjan, puis à Duékoué et Man en janvier et février 2025, Cotonou est la première ville non ivoirienne à héberger l'évènement.
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