À l’approche du financement de son PND 2026-2030, la Côte d’Ivoire réinvente ses alliances économiques. Du sommet du FOCAC à la dynamique Africa Forward, Abidjan évalue désormais chaque partenaire sur un critère unique : sa capacité à traduire ses annonces et les engagements financiers en réalisations concrètes pour le tissu local.

En prélude au Groupe consultatif pour le financement du Plan National de Développement (PND) qui se tiendra les 8 et 9 juillet à Abidjan, la Côte d’Ivoire s’apprête à franchir une nouvelle étape de son développement économique. Le PND 2026-2030 prévoit en effet d’allouer un montant record de 114 838,5 milliards FCFA d’investissements sur cinq ans, dont plus de 70 % sont attendus du secteur privé. L’objectif affiché de ce Groupe consultatif est de mobiliser une première tranche de 11 138,2 milliards FCFA auprès des partenaires, investisseurs et institutions financières.
Mais la question essentielle n’est pas seulement celle des montants annoncés. La véritable question est de savoir quels partenaires sauront convertir ces engagements financiers en réalisations concrètes, en projets, en emplois et en impacts tangibles pour les populations ivoiriennes.
La Côte d’Ivoire n’est plus dans une logique où elle doit convaincre ses partenaires de financer son développement. Elle est à présent en position de les challenger. Le pays affiche une trajectoire de croissance parmi les plus élevées au monde, une forte ambition industrielle, mais aussi une volonté claire de faire du secteur privé ivoirien le moteur du prochain cycle de développement. Dans ce contexte, le bon partenaire ne sera pas celui qui promet le plus, mais celui qui exécute le mieux.
La diversité des partenaires : une opportunité à organiser
Autour du PND 2026-2030, plusieurs partenaires se positionnent déjà. L’Union européenne prépare un programme d’investissement de près de 656 milliards FCFA au profit des secteurs de l’énergie, des transports, de la formation professionnelle et des chaînes de valeur agricoles. Les Nations unies envisagent quant à elles de mobiliser un cadre de coopération de 567 milliards FCFA, centré sur l’accès aux services essentiels, la cohésion sociale et la résilience environnementale. La Banque islamique de développement (BID) avance de son côté avec une stratégie 2025-2029 d’environ 1 530 milliards FCFA.
S’agissant des États-Unis, ils entendent se positionner essentiellement sur l’énergie, avec un programme destiné à renforcer le réseau électrique ivoirien. L’Arabie saoudite, le Japon et le Canada cherchent eux aussi à inscrire leurs outils de coopération dans les priorités ivoiriennes : agriculture, logement, eau, infrastructures, énergie ou encore formation.
Cette diversité est une bonne nouvelle pour la Côte d’Ivoire. Elle permet de répondre à l’ambition centrale du plan, qui est d’accélérer la diversification de l’économie, structurer de nouvelles filières et faire émerger un secteur privé national plus robuste. Elle souligne l’attractivité du pays auprès des bailleurs internationaux et démontre que Abidjan dispose aujourd’hui d’une réelle marge de choix. Mais elle impose aussi une forme de discipline : celle de ne pas confondre multiplication des partenaires et efficacité des partenariats.
Le critère décisif : la valeur créée en Côte d’Ivoire
Pour être utile, un partenariat doit répondre à quelques critères simples : contribue-t-il à renforcer le tissu d’entreprises ivoiriennes ? Permet-il de structurer des filières locales ? Facilite-t-il l’accès au financement pour les PME ? Crée-t-il des emplois qualifiés ? Transfère-t-il des compétences localement ? Accélère-t-il l’industrialisation, la formation professionnelle ou la souveraineté énergétique ?
C’est sur ces critères que les partenaires internationaux doivent être évalués. Les grands rendez-vous économiques organisés avec le continent reflètent désormais des approches distinctes. Le FOCAC chinois repose surtout sur des accords d’État à État, ensuite mis en œuvre par les entreprises chinoises, tandis que les pays du Golfe mobilisent principalement leurs fonds souverains et de grands investisseurs institutionnels. Les rencontres de l’AmCham privilégient, quant à elles, les mises en relation directes entre acteurs ivoiriens et entreprises américaines.
La France opte pour une approche transversale, à l’image du dernier sommet Africa Forward, réunissant responsables publics, entreprises, investisseurs, jeunesse et société civile afin de faire émerger des projets répondant aux priorités des pays. Elle bénéficie déjà d’une importante implantation sur le terrain, à travers de nombreuses entreprises, dont des PME employant majoritairement des salariés africains, facilitant sa capacité à s’adapter aux écosystèmes locaux.
L’enjeu sera de mobiliser cet écosystème global pour structurer des projets conjoints avec les entreprises ivoiriennes, accompagner les filières locales et répondre aux priorités de diversification du PND dans l’agro-industrie, l’énergie, les infrastructures, la formation ou le numérique.
Passer des annonces aux résultats
C’est dans cet esprit que la Côte d’Ivoire entend aborder le Groupe consultatif des 8 et 9 juillet. Non pas comme une simple opération de levée de fonds, mais comme une séquence d’alignement des investisseurs sur ses priorités stratégiques.
Le pays doit pouvoir travailler avec tous les partenaires, européens, multilatéraux, américains, asiatiques, arabes ou africains, mais en posant une exigence claire : chaque signature doit laisser davantage de valeur sur le territoire ivoirien. C’est là que se jouera la qualité des relations économiques de demain.