Rencontre ministérielle, projets pilotes annoncés, programmes nationaux massifs de formation : en quelques années seulement, l’insertion professionnelle des jeunes s’est imposée comme l’un des axes majeurs de la coopération renouvelée entre Abidjan et Paris. Décryptage d’un basculement qui touche à l’une des principales préoccupations des ménages ivoiriens.
Le 30 mars dernier, au Grand Palais à Paris, en marge du sommet ChangeNOW consacré à l’innovation et à la transition écologique, le ministre ivoirien Mamadou Touré s’est entretenu avec le ministre français du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou. Au centre des échanges, un dossier qualifié par les deux délégations d’« enjeu stratégique majeur » : l’insertion professionnelle des jeunes.
Le choix du lieu n’est pas anodin. Dans l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’innovation, la délégation ivoirienne n’était pas venue parler agriculture ou matières premières, mais jeunesse, start-up, économie verte et numérique.
L’agenda ivoirien comme boussole
Derrière le symbole, une mécanique se met en place, et elle fonctionne dans un sens précis : c’est l’agenda défini à Abidjan qui structure la coopération, la France venant s’y adosser. Le gouvernement ivoirien a fait de 2026 une année charnière pour sa jeunesse. Le programme national de stage, d’apprentissage et de reconversion, lancé en début d’année, vise 152 000 jeunes dès 2026.
L’État s’est par ailleurs engagé à former 50 000 ingénieurs, chercheurs et techniciens sur les cinq prochaines années, tandis que le Programme Jeunesse du Gouvernement (PJ-Gouv) 2026-2030 doit coordonner l’ensemble. C’est sur ces dispositifs, et non sur un cadre conçu à Paris, que les deux parties ont convenu de bâtir des projets pilotes « alignés sur les réalités ivoiriennes », selon les termes retenus à l’issue de la rencontre.
Des chantiers qui forment déjà
Sur le terrain, cette coopération par la compétence produit déjà des effets mesurables. Les grands chantiers structurants financés avec l’appui de la France en offrent l’exemple le plus concret : le métro d’Abidjan, dont les travaux ont dépassé 65 % d’exécution selon le ministère des Transports, s’appuie sur une main-d’œuvre ivoirienne recrutée et formée sur place.
La SICMA, société créée pour réaliser la ligne 1, a noué un partenariat avec l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro avec à la clé l’embauche de jeunes ingénieurs, stages, des cours et séminaires dispensés par ses experts, auxquels s’ajoutent des recrutements réguliers de techniciens ivoiriens sur le chantier.
La fin du modèle de l’aller simple
La coopération en matière de jeunesse s’est longtemps appuyée, pour l’essentiel, sur les bourses d’études vers la France, avec le risque, régulièrement souligné, de voir les profils les plus qualifiés s’installer durablement à l’étranger. La mobilité entre les deux pays n’est plus pensée comme un débouché, mais comme une circulation de compétences dont le point d’ancrage reste ivoirien.
Un renversement cohérent avec la position de la Côte d’Ivoire, qui revendique désormais un partenariat construit autour de ses priorités nationales et qui rejoint la ligne défendue par Paris au sommet Africa Forward de Nairobi, en mai dernier, où la France a appelé à des partenariats fondés sur l’innovation, le transfert de compétences et le co-investissement.
En Côte d’Ivoire l’emploi des jeunes figure parmi les premières préoccupations sociales et le Plan national de développement 2026-2030 en fait un objectif central, avec l’ambition de porter la population active occupée de 11,5 à 14 millions de personnes.
En inscrivant l’insertion professionnelle parmi les priorités de l’agenda bilatéral, les deux gouvernements prennent la relation franco-ivoirienne par ce qu’elle peut changer dans la vie quotidienne.