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Après les menaces de Trump, une ville du centre du Nigeria poursuit ses efforts de réconciliation entre chrétiens et musulmans

Malgré la fraîcheur matinale, des membres du conseil traditionnel de Mangu, dans le centre du Nigeria, et des chefs religieux se sont réunis dans le palais du chef local. A l’ordre du jour: la coexistence religieuse, quelques jours après les menaces de Donald Trump d’intervention militaire au Nigeria à cause de supposés « persécutions » contre les chrétiens. Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent avec 230 millions d’habitants, est divisé de manière à peu près égale entre un sud principalement chrétien et un nord à majorité musulmane. Il est le théâtre d’une multitude de conflits, notamment d’insurrections jihadistes, qui, selon les experts, tuent aussi bien des chrétiens que des musulmans, souvent sans distinction. La semaine dernière, Donald Trump a menacé le pays d’une intervention militaire pour mettre fin à ce qu’il qualifie de meurtres « en très grand nombre » de chrétiens par des islamistes radicaux. Mangu, petite ville rurale d’environ 300.000 habitants de l’Etat du Plateau, est familière des tensions entre communautés. Pendant des décennies, musulmans et chrétiens, pour la plupart issus des mêmes familles, y vivaient ensemble, partageant les mêmes rues et les mêmes marchés, cohabitant de manière pacifique, et semblaient à l’abri des tensions régulières qui agitent les villages environnants. Mais en janvier 2024, un différend entre éleveurs peuls musulmans et agriculteurs principalement chrétiens au sujet du contrôle des terres et des ressources a dégénéré en une flambée de violence qui a fait plusieurs dizaines de morts et réduit en cendres plusieurs bâtiments, dont la mosquée et l’église locales, toujours en ruines. La plupart des conflits dans cette région trouvent leur origine dans les tensions foncières entre éleveurs peuls musulmans et agriculteurs des communautés mwaghavul (chrétiens) ou haoussa (musulmans), alors que le changement climatique menace les moyens de subsistance agricoles. Depuis l’année dernière, les responsables locaux multiplient les discussions pour éviter de nouvelles violences et réconcilier les communautés. « La paix pour laquelle nous avons tant prié commence à s’imposer », explique à l’AFP Moses Dawop, chef du district de Mangu, « notre devoir, c’est le dialogue permanent, pour vivre en paix ». – Rétablir la confiance – A Mangu, les chefs religieux et communautaires s’efforcent de retisser les liens brisés. Le marché principal grouille de vendeurs et d’acheteurs des deux confessions. Dans les rues poussiéreuses de la ville, les enfants jouent en faisant rouler des pneus de moto hors d’usage. Mais pour le pasteur Timothy Samson Dalang, président local de l’Association chrétienne du Nigeria (CAN), et l’imam principal de la ville, Ibrahim Hudu Manomi, le chemin de la réconciliation reste long. « Nous travaillons jour et nuit pour retrouver la paix que nous avions autrefois », confie l’imam Manomi. Selon le pasteur Dalang, la coopération entre responsables religieux a permis de déjouer les manœuvres des « fauteurs de troubles » cherchant à saboter le processus de réconciliation pour des « intérêts personnels », en référence aux bandes criminelles qui sillonnent la région et pillent régulièrement les fermes. La reconstruction des maisons, lieux de culte et écoles incendiés avance lentement: les chefs religieux estiment qu’il faut rétablir la confiance avant de rebâtir les murs, et les moyens financiers manquent. – Retour à la case départ – Les habitants de Mangu, comme ceux du nord du Nigeria, qui subissent les violences jihadistes depuis plus de 15 ans, se disent inquiets des récentes déclarations de Donald Trump. Beaucoup dans l’Etat du Plateau, estiment que ses propos pourraient compromettre les efforts de réconciliation. « Cette déclaration risque de nous ramener à la case départ », estime Ghazali Isma’ila Adam, imam à Jos, la capitale régionale. Saidu Sufi, enseignant en science politique à Kano (nord-ouest), rappelle que les groupes armés « se cachent souvent derrière la religion pour justifier leurs crimes ». À Maiduguri, dans le nord-est du pays, Idris Suleiman Gimba, restaurateur musulman de 54 ans, porte encore les cicatrices de la guerre lancée par les jihadistes de Boko Haram en 2009: dix membres de sa famille ont péri dans un attentat contre une mosquée en 2014. « Ils attaquent tout le monde, musulmans, chrétiens, païens », déclare-t-il à l’AFP. « Boko Haram n’a pas de frontières. Si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes leur cible ». Pour Adams Mamza, 28 ans, chrétien de Maiduguri, l’intervention de Trump ne serait acceptable que si elle visait « les bandits, Boko Haram et les jihadistes ». L’insurrection jihadiste dans le nord-est du Nigeria, menée par Boko Haram et sa faction rivale de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), a fait plus de 40.000 morts et forcé plus de deux millions de personnes à fuir leurs foyers depuis 2009, selon des chiffres des Nations unies. Le président Bola Tinubu a déclaré jeudi à ses ministres vouloir « que nos amis nous aident à intensifier notre lutte contre le terrorisme; Et nous l’éliminerons ».

Quand Trump utilise l’IA pour se glorifier et dénigrer ses adversaires

Dans une réalité parallèle, Donald Trump est roi, pilote de chasse ou super héros tandis que ses adversaires politiques sont dépeints comme des criminels ou des bouffons. Le président américain use et abuse de l’imagerie générée par intelligence artificielle pour communiquer. Depuis le début de son second mandat à la Maison Blanche, Trump a intensifié l’usage de contenus générés par IA sur sa plateforme Truth Social, faisant de son administration la première à intégrer des visuels hyperréalistes et mensongers comme stratégie centrale de communication. Habitué aux théories du complot et aux affirmations infondées, Trump utilise ces contenus dans ses commentaires enflammés sur les réseaux sociaux pour se glorifier et attaquer ses détracteurs — notamment lors de moments de tension dans le pays. Le mois dernier, il a publié une vidéo truquée le montrant couronné, pilotant un avion de chasse baptisé « King Trump », larguant des excréments sur des manifestants pacifiques. Ce clip a été publié le jour même des manifestations nationales « No Kings » dénonçant son comportement jugé autoritaire. Dans une autre publication, la Maison Blanche a représenté Trump en Superman, au moment où des spéculations sur sa santé agitaient les réseaux sociaux. Le post était accompagné des mots: « LE SYMBOLE DE L’ESPOIR, TRUMP SUPERMAN ». – « Déformer la réalité » – Trump ou la Maison Blanche ont également publié des images générées par IA le montrant vêtu en pape, rugissant aux côtés d’un lion ou encore dirigeant un orchestre au Kennedy Center, un prestigieux complexe artistique de Washington. Ces images fabriquées ont trompé certains internautes, qui se demandaient dans les commentaires si elles étaient authentiques. On ignore si ces visuels ont été créés par Trump lui-même ou par ses collaborateurs. La Maison Blanche n’a pas répondu à la demande de commentaire de l’AFP. « Trump diffuse de la désinformation en ligne et hors ligne pour renforcer son image, attaquer ses adversaires et contrôler le discours public », estime Nora Benavidez, conseillère principale de l’ONG Free Press qui défend la liberté de l’information. « Pour quelqu’un comme lui, une IA générative non régulée est l’outil parfait pour capter l’attention et déformer la réalité ». En septembre, le président a suscité l’indignation après avoir publié une vidéo apparemment générée par IA dans laquelle il promettait à chaque Américain l’accès à des hôpitaux « MedBed » capables soi-disant de tout guérir. En réalité, les « MedBeds », des lits médicalisés futuristes qui guérissent toutes les maladies et rajeunissent, n’existent pas. Mais pour les milieux complotistes d’extrême droite ils existent vraiment et sont réservés à une élite. Le faux clip de Trump — supprimé plus tard sans explication — mettait en scène sa belle-fille Lara Trump promouvant le lancement fictif de ce « nouveau système de santé historique » par la Maison Blanche. – « Une campagne par le trolling » – « Comment ramener les gens à une réalité partagée quand ceux au pouvoir continuent de les manipuler? », se demande Noelle Cook, chercheuse, spécialiste de la complosphère. Trump réserve ses publications IA les plus provocantes à ses rivaux, les utilisant pour mobiliser sa base conservatrice. En juillet, il a publié une vidéo IA montrant l’ancien président Barack Obama arrêté dans le Bureau ovale et apparaissant derrière les barreaux en tenue orange de prisonnier. Plus tard, il a diffusé un clip IA montrant Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre — qui est noir — affublé d’une fausse moustache et d’un sombrero. Jeffries a dénoncé cette image comme raciste. « Bien qu’il soit souhaitable que le président des Etats-Unis reste au-dessus de la mêlée et évite de partager des images générées par IA, Trump a démontré à plusieurs reprises qu’il considère son mandat comme une campagne politique permanente », affirme Joshua Tucker, codirecteur du Centre pour les médias sociaux de l’Université de New York. « Je vois son comportement davantage comme une campagne par le trolling que comme une tentative active de faire croire que ces images sont réelles ». Mardi, le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom a imité la stratégie de Trump en publiant sur X une vidéo IA moquant les Républicains après la victoire des Démocrates à New York et ailleurs dans le pays. Le clip montrait des catcheurs sur un ring, avec les visages des leaders démocrates superposés, mettant à terre leurs adversaires républicains, dont Trump. « C’est ce qu’on appelle une mise sur le tapis », se vantait le post.

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