Dans une vidéo diffusée samedi, un contingent de l’armée malgache demande aux forces de sécurité de « refuser les ordres de tirer » sur la population. Tandis que des militaires ont rejoint des manifestants. Le nombre de soldats ayant répondu à cet appel n’est pas connu dans l’immédiat, mais des véhicules chargés de soldats armés ont rejoint dans l’après-midi des milliers de manifestants rassemblés dans le sud de la capitale.
La pression s’accentue sur le pouvoir malgache. Samedi 11 octobre, un contingent de l’armée posté près d’Antananarivo a appelé les forces de sécurité à refuser les ordres de tirer sur la population, alors que plusieurs milliers de manifestants dans la capitale ont été rejoints par des militaires.
Les forces de l’ordre ont fait usage samedi de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes pour disperser les manifestants mobilisés dans la capitale, mais des groupes de soldats ont ensuite rejoint la foule dans la rue.
Les manifestations de samedi, à Antananarivo et ailleurs sur l’île, sont les plus importantes depuis plusieurs jours, à l’appel d’un mouvement mené par les jeunes appelés Gen Z qui avait commencé comme une protestation contre les coupures d’eau et d’électricité et a mué en une contestation plus large du pouvoir, incarné par le président Andry Raojelina, 51 ans.
« Refusons d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs »
« Unissons nos forces, militaires, gendarmes et policiers, et refusons d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs », ont déclaré dans une vidéo des soldats du Capsat (Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques), stationnés sur l’importante base militaire du district de Soanierana, en périphérie d’Antananarivo.
« Les jeunes peinent à trouver du travail alors que la corruption et le pillage de la richesse ne cessent de s’accroître sous différentes formes » et que « les forces de l’ordre persécutent, blessent, emprisonnent et tirent sur nos compatriotes », ont souligné ces soldats.
« À tous les militaires, ceux qui sont prêts à prendre leurs responsabilités, rejoignez immédiatement le Capsat (…). Vous, les militaires aux palais présidentiels d’Iavoloha et d’Ambohitsorohitra, quittez votre poste et rejoignez vos camps d’origine (…). Vous qui êtes à (l’aéroport international d’) Ivato, empêchez tous les aéronefs sans distinction de décoller », ont dit les militaires.
En 2009, cette base avait déjà mené une mutinerie lors du soulèvement populaire qui avait porté au pouvoir l’actuel président.
« Fermez les portails et attendez nos instructions. N’obéissez plus aux ordres venant de vos supérieurs. Braquez vos armes sur ceux qui vous ordonnent de tirer sur vos frères d’armes car ce ne sont pas eux qui vont s’occuper de notre famille si jamais on meurt », ont ajouté les militaires.
Le nombre de soldats ayant répondu à cet appel n’était pas connu dans l’immédiat. Mais des véhicules chargés de soldats armés ont rejoint dans l’après-midi des milliers de manifestants rassemblés dans la zone du lac Anosy, dans le sud de la capitale, où la police avait tiré des grenades lacrymogènes pour tenter de les disperser, montre une vidéo de l’AFP. Les manifestants ont crié « Merci » aux militaires, dont certains brandissaient des drapeaux malgaches.