Le Mexique est en état d’alerte ce lundi 23 février 2026 après une flambée de violences déclenchée par la mort de Nemesio Oseguera, alias “El Mencho”, chef du puissant Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), tué lors d’une opération militaire menée avec le soutien des États-Unis.
Écoles fermées, vols annulés, routes bloquées et véhicules incendiés : la riposte des groupes criminels a plongé plusieurs régions dans le chaos, notamment l’État du Jalisco (ouest), dont la capitale Guadalajara figure parmi les villes-hôtes du Mondial 2026 de football.
Appel au calme de la présidente
La présidente Claudia Sheinbaum a appelé la population à rester « informée et calme » via le réseau social X. Les autorités redoutent une escalade à quatre mois de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada.
Les cours ont été suspendus lundi dans au moins huit des 32 États du pays. Le pouvoir judiciaire a, de son côté, autorisé les magistrats à maintenir les tribunaux fermés si nécessaire.
Selon l’armée, “El Mencho”, 59 ans, a été blessé dimanche lors d’une opération dans la localité de Tapalpa, dans le Jalisco, avant de succomber pendant son transfert vers Mexico. Sept membres du cartel ont été tués, trois soldats blessés et deux autres membres du CJNG arrêtés. Les forces de sécurité ont également saisi un important arsenal, dont des lance-roquettes capables d’abattre des avions ou de détruire des véhicules blindés.

Guadalajara paralysée
En réaction, des membres présumés du cartel ont érigé des barrages dans une vingtaine d’États. Dans le Jalisco, des hommes armés ont incendié voitures et camions pour bloquer les axes routiers.
À Guadalajara, la population a été appelée à se mettre à l’abri. La ville, qui doit accueillir quatre matches du Mondial 2026, s’est retrouvée paralysée.
Maria Medina, employée d’un magasin incendié, raconte avoir fui des individus armés : « J’ai vu le pistolet, ils nous ont dit de sortir. J’ai cru qu’ils allaient nous kidnapper. J’ai couru vers un stand de tacos pour me réfugier », a-t-elle confié à l’AFP.
Les États-Unis ont exhorté leurs ressortissants présents dans plusieurs zones du Mexique, dont Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à « se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre ». Des compagnies aériennes américaines et canadiennes ont annulé des dizaines de vols.
Le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ont déconseillé les voyages non essentiels vers plusieurs États mexicains, notamment Chihuahua, Sinaloa et Jalisco. Le Guatemala a renforcé la surveillance de sa frontière avec le Mexique.
Selon les autorités, près de 90 % des 229 barrages recensés avaient été levés lundi à 20H00 locales.

Une « grande victoire » selon Washington
Considéré comme l’un des narcotrafiquants les plus recherchés au monde, Nemesio Oseguera faisait l’objet d’une récompense pouvant atteindre 15 millions de dollars offerte par les États-Unis. Il était perçu comme le dernier grand baron encore en liberté après l’arrestation de Joaquín Guzmán, dit “El Chapo”, et d’Ismael Zambada, figures historiques du cartel de Sinaloa, tous deux incarcérés aux États-Unis.
Le sous-secrétaire d’État américain Christopher Landau a salué une « grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier ».
Le CJNG, fondé en 2009 par Oseguera et qualifié en 2025 d’organisation terroriste par Washington, est accusé de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl. Les autorités américaines le décrivent comme un réseau criminel transnational présent dans presque tout le Mexique, impliqué dans l’extorsion, le trafic de migrants, le vol de pétrole et le commerce d’armes.
Longtemps incapable de rivaliser avec les cartels dominant la frontière américaine, le CJNG s’est tourné vers d’autres marchés. « L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher », explique l’écrivain spécialisé José Reveles.
Depuis 2006, les violences liées au narcotrafic ont fait plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus au Mexique, selon les chiffres officiels, illustrant l’ampleur d’un fléau qui continue d’ébranler le pays.