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La Côte d’Ivoire à l’ère d’une diplomatie au service de la croissance

Quand certains pays tournent le dos à leurs partenaires occidentaux, Abidjan fait le choix inverse : multiplier les partenariats plutôt

Quand certains pays tournent le dos à leurs partenaires occidentaux, Abidjan fait le choix inverse : multiplier les partenariats plutôt que de s’aligner. Des enceintes multilatérales aux accords de financement, une diplomatie tous azimuts mise au service de la croissance.

“Il ne suffit pas de clamer les vertus du multilatéralisme : nous devons continuer à prouver qu’il est plus qu’utile.” En avril 2020, à l’occasion de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix, le secrétaire général des Nations unies António Guterres appelait à faire évoluer la coopération internationale pour répondre aux défis communs, mais aussi pour saisir les opportunités qu’elle peut créer.

Le multilatéralisme, un cap assumé

Six ans plus tard, la Côte d’Ivoire affiche clairement son attachement à cette approche. À New York, à l’occasion de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le gouvernement ivoirien a rappelé son engagement en faveur du multilatéralisme, de la paix et de la prospérité.

Nialé Kaba, ministre d’État et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a notamment participé au sommet P4M (Partners for Multilateralism), où elle a réaffirmé la volonté de la Côte d’Ivoire de défendre le multilatéralisme comme cadre de dialogue et de coopération internationale.

Un engagement qui trouve aussi un prolongement sur le terrain économique puisque le pays accueillera en 2027 la prochaine édition du US-Africa Business Summit, une première en Afrique de l’Ouest francophone.

Deux séquences diplomatiques qui illustrent une même volonté : faire des partenariats internationaux un levier au service de la croissance du pays. Cette orientation s’est traduite très concrètement dans le Plan National de Développement 2026-2030. Présenté en mai dernier, celui-ci doit soutenir la transformation économique du pays, à travers notamment la mobilisation de financements publics et privés.

La France, un partenaire de premier plan

La France figure parmi les partenaires appelés à accompagner cette trajectoire, avec 4,1 milliards d’euros de financements mobilisés au total. En juin dernier, Paris avait ainsi été choisie pour lancer le roadshow destiné à présenter aux investisseurs les opportunités liées à ce nouveau cadre de référence.

Plus récemment, en août 2026, deux conventions de financement d’un montant total de 23 milliards de FCFA, soit 35 millions d’euros, ont été signées entre les deux pays.

La première porte sur le programme Agora, avec la construction d’infrastructures sportives de proximité à Guiglo, Dabou, Boundiali et Dimbokro. La seconde concerne la poursuite des travaux du métro d’Abidjan, un projet pharaonique qui doit transformer la capitale économique ivoirienne.

Cette coopération s’appuie sur une relation économique déjà solidement établie. Partenaire de premier plan, la France est aujourd’hui le premier investisseur étranger dans le pays, avec 170,5 milliards de FCFA d’investissements agréés en 2025, soit environ 260 millions d’euros. Plus de 1 000 entreprises y sont présentes et les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 2,7 milliards d’euros en 2024.

Diversifier plutôt que s’aligner

Cette relation bilatérale s’inscrit toutefois dans une stratégie plus large de diversification des partenariats, qui distingue la Côte d’Ivoire de la trajectoire suivie, par exemple, par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont progressivement rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leur coopération avec Moscou, notamment dans le domaine sécuritaire.

Or, si la Russie a renforcé son influence au Sahel, son poids économique sur le continent reste limité : elle ne représente qu’environ 1 % des investissements directs étrangers en Afrique, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique.

Le rapprochement avec Moscou apparaît ainsi avant tout comme un choix sécuritaire, davantage que comme un modèle de partenariat économique susceptible d’accompagner la transformation des économies africaines.

Abidjan fait, à l’inverse, le choix de multiplier ses points d’appui. La mobilisation autour du PND en donne une illustration concrète : en juillet dernier, le Groupe consultatif réuni à Abidjan a rassemblé la Banque mondiale, la BAD, la Banque islamique de développement, la Commission européenne et les Nations unies autour du financement du nouveau plan.

À l’issue des deux journées, les intentions de financement annoncées ont atteint 47 820 milliards de FCFA – 80 milliards de dollars -, soit près de quatre fois le montant initialement recherché. Un résultat qui illustre la capacité d’Abidjan à réunir autour de ses priorités des acteurs aux profils et aux intérêts différents. Le US-Africa Business Summit de 2027 constituera à cet effet un nouveau rendez-vous important.

Des enceintes multilatérales aux accords de financement, la Côte d’Ivoire dessine ainsi une diplomatie fondée sur l’ouverture plutôt que sur l’alignement.

Dans un environnement international de plus en plus concurrentiel, Abidjan semble faire le choix de multiplier les partenariats, plutôt que de s’en remettre à un seul, pour préserver ses marges de manœuvre et accompagner ses ambitions de développement.

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