La desserte Abidjan-Paris cristallise les tensions entre Air France et Air Côte d’Ivoire. Dans une analyse publiée le 29 septembre 2026, Ahoua Don Mello dénonce un déséquilibre concurrentiel qui, selon lui, fragilise les ambitions du transporteur ivoirien. La présence d’Air France au capital de son partenaire et le déploiement de son offre ultra-premium La Première à Abidjan ajoutent une dimension stratégique à cette rivalité.
L’expression « guerre des étoiles » résume, pour Ahoua Don Mello, le bras de fer qui oppose Air France à Air Côte d’Ivoire sur la ligne Abidjan-Paris. Dans son analyse intitulée « Guerre des étoiles entre Air France et Air Côte d’Ivoire : la Côte d’Ivoire capitule », l’ancien ministre de l’Équipement estime que l’apaisement intervenu sur la répartition des fréquences n’a pas réglé les difficultés structurelles de la compagnie nationale ivoirienne.
Lancée en octobre 2025 sur la liaison Paris-Charles-de-Gaulle, Air Côte d’Ivoire est passée de sept à huit fréquences hebdomadaires à compter du 29 mars 2026. Un ajustement limité au regard des 21 fréquences hebdomadaires alors attribuées à Air France et Corsair, selon les chiffres avancés par Don Mello. Pour ce dernier, cette asymétrie limite les perspectives de développement du transporteur ivoirien sur une liaison particulièrement stratégique.
L’ancien ministre souligne également les difficultés commerciales rencontrées par Air Côte d’Ivoire. Entre octobre et décembre 2025, la compagnie aurait transporté 13 150 passagers sur 136 vols, pour une capacité de 32 912 sièges, soit un taux de remplissage de 40 %. Don Mello relie notamment cette performance au blocage du partage de codes avec Air France, qui permettrait à la compagnie ivoirienne de commercialiser des billets sur le réseau de son partenaire et de capter davantage de passagers en correspondance.
Un partenaire au capital, un concurrent sur la ligne
La situation présente un autre paradoxe : Air France est à la fois partenaire d’Air Côte d’Ivoire et concurrente sur la liaison Paris-Abidjan. Créée en 2012 avec une structure de capital mixte public-privé, la compagnie ivoirienne a bénéficié de l’accompagnement opérationnel, financier et commercial d’Air France-KLM. Le groupe franco-néerlandais a détenu jusqu’à 20 % de son capital, avant que sa participation ne soit ramenée à 10 % en 2016. Sa part actuelle n’est pas publiquement précisée dans les informations disponibles, même si le groupe confirme rester actionnaire.
Pour Don Mello, cette proximité capitalistique ne garantit pas nécessairement un équilibre des intérêts. Il estime qu’une compagnie nationale peut difficilement conquérir des parts de marché lorsque son partenaire stratégique est aussi un acteur dominant sur sa principale liaison long-courrier.
La Première, nouveau signal stratégique
Le lancement à Abidjan de La Première, l’offre la plus exclusive d’Air France, illustre également l’importance accordée par la compagnie française au marché ivoirien. Présentée à Abidjan en juin 2026, cette nouvelle suite est destinée à une clientèle à fort pouvoir d’achat. Abidjan devient ainsi la seule destination d’Afrique subsaharienne desservie par cette offre, selon les informations communiquées par Air France.
Cette montée en gamme confirme l’attractivité commerciale de la capitale économique ivoirienne. Elle renforce aussi le positionnement d’Air France sur un marché où Air Côte d’Ivoire cherche à consolider sa présence.
Au-delà de la rivalité entre les deux compagnies, Don Mello pose donc la question de la souveraineté aérienne. Il plaide pour une diversification des partenariats, un renforcement des capacités nationales et une plus grande autonomie financière. L’enjeu dépasse, selon son analyse, la seule ligne Abidjan-Paris : il concerne la capacité de la Côte d’Ivoire à tirer pleinement profit de son marché aérien tout en développant durablement son propre transporteur.