Hyacinthe Menan parle du français ivoirien comme d’un trésor. Dans son regard, il y a cette étincelle propre aux passionnés, ceux qui savent que les mots peuvent raconter un pays mieux que n’importe quel discours. Publicitaire de métier, littéraire de formation, il a décidé de consacrer son talent à ce qu’il appelle « la créativité linguistique des Ivoiriens ». Et son arme pour y parvenir s’appelle Nouchipédia.
Sous ce nom qui fait sourire se cache un projet bien plus ambitieux qu’un simple dictionnaire du Nouchi. Nouchipédia est un mini dictionnaire moderne et illustré, pensé comme un outil de documentation du français tel qu’il se parle réellement en Côte d’Ivoire. Un français vivant, souple, façonné par les rues, les quartiers, les générations.
« Je veux contribuer à la reconnaissance institutionnelle du français ivoirien, comme il existe un français belge », confie-t-il. Sa voix trahit la conviction de quelqu’un qui croit profondément en la valeur de son patrimoine. Pour lui, chaque expression raconte un usage, une histoire, une manière unique d’habiter la langue. Il ne s’agit pas seulement de définir des mots, mais d’expliquer leur contexte, leurs origines, leur portée culturelle.
Inspiré de Wikipédia, Nouchipédia aura bientôt une dimension participative grâce à une plateforme numérique en préparation. Hyacinthe Menan veut que son œuvre reste connectée à l’évolution permanente du parler ivoirien, que chacun puisse y contribuer, débattre, enrichir.
Au-delà de l’ouvrage, c’est le portrait d’un homme convaincu que la langue dit tout d’un peuple. Il veut offrir aux jeunes Ivoiriens un miroir d’eux-mêmes, et aux étrangers un guide pour comprendre les subtilités d’une communication dense, inventive, souvent pleine d’humour.
La présentation officielle du livre sera annoncée dans les jours à venir. Mais déjà, Hyacinthe Menan regarde plus loin. Il rêve d’une plateforme éducative qui permettra demain de transmettre ce patrimoine linguistique avec une pédagogie moderne, ludique et accessible.
Avec Nouchipédia, il ne publie pas seulement un ouvrage. Il pose un acte culturel, presque militant : faire du français ivoirien un emblème reconnu, assumé, célébré.