Deux mois après l’ouverture de la campagne cacao 2025-2026, la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICD) tire la sonnette d’alarme. Lors d’une conférence de presse organisée le jeudi 4 décembre 2025 à Yamoussoukro, l’organisation a dénoncé plusieurs dysfonctionnements majeurs, qui perturbent la commercialisation et fragilisent les producteurs.
Les coopératives pointent notamment des retards inhabituels dans la validation des connaissements et le déchargement au port. Des lenteurs qui immobilisent les camions et bloquent les paiements aux producteurs.

« Nous avons immobilisé une remorque près d’une semaine pour valider nos produits, puis dix jours pour décharger au port », déplore Kouadio Kouakou Laurent, vice-président de la coopérative Capresa.
Ces retards ont pour conséquence directe d’alimenter un système parallèle. Face aux urgences financières, certains planteurs se tournent vers des acheteurs illégaux qui profitent de la situation.
« Ils ont des urgences, ils ne peuvent pas attendre des semaines », explique Yapo Seka Claude, producteur et membre de la PICD. « La commercialisation est ralentie, et cela met en péril les coopératives. »
La PICD signale également une augmentation des refoulements pour défaut de fermentation ou de séchage, ainsi que des pratiques frauduleuses, dont le mélange de cacao de petites et grandes traites.
Certaines structures appliquent en outre des réfactions abusives de 3 à 5 kg par sac, ce qui ramène le prix effectif en dessous des 2 800 FCFA/kg fixés pour la campagne.

Autre préoccupation majeure : le manque de financement adapté. « Les banques nous imposent des conditions impossibles. Il faut une vraie banque agricole adaptée à nos réalités. Le Conseil Café-Cacao peut jouer un rôle de garant », plaide Yapo Seka Claude.
Pour désamorcer la crise, la PICD préconise : l’accélération des opérations de déchargement, un contrôle renforcé de la qualité, de la pesée et des prix, un meilleur accès aux prêts pour les organisations professionnelles agricoles, un appui accru à la professionnalisation des coopératives.
L’organisation appelle enfin les autorités à intervenir rapidement pour éviter une aggravation des tensions dans la filière et protéger les revenus des producteurs, « véritables piliers de l’économie nationale ».