Abidjan accueille du 11 au 13 février un atelier sous-régional de réflexion stratégique consacré à l’avenir du secteur semencier en Afrique de l’Ouest. Organisée par la FAO, le CORAF et AfricaSeeds, cette rencontre de haut niveau vise à jeter les bases de systèmes semenciers « plus inclusifs, compétitifs et résilients » à l’horizon 2035.
Durant trois jours, experts, institutions régionales, chercheurs, organisations paysannes et acteurs du secteur privé planchent sur l’élaboration d’une stratégie régionale ambitieuse, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur semencière.
Ouvrant les travaux, le Directeur exécutif du Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles (CORAF), Dr Mounini Savadogo, a rappelé l’importance stratégique du secteur. « Les semences sont la clé de voûte de toute production agricole. Sans semences de qualité, il ne peut y avoir de production performante », a-t-il affirmé. Selon lui, elles déterminent le potentiel maximal des récoltes et conditionnent directement la sécurité alimentaire, la résilience climatique et la compétitivité des agricultures.

Il a toutefois dressé un constat préoccupant : en Afrique de l’Ouest, environ 20 % seulement des agriculteurs utilisent des semences certifiées ou améliorées, contre 80 % qui recourent encore aux circuits informels. « Nous voulons aller au-delà des réunions formelles. Il s’agit aujourd’hui de produire des orientations stratégiques concrètes et opérationnelles », a-t-il insisté.
Prenant la parole au nom de la Coordonnatrice sous-régionale de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour l’Afrique de l’Ouest, Adin Bloukounon a souligné que les semences constituent « le point d’entrée stratégique de toute politique agricole ». Elles influencent la productivité, la qualité nutritionnelle, la résilience climatique et les revenus des producteurs.
La FAO plaide ainsi pour un secteur semencier dynamique, inclusif et compétitif, appuyé par des cadres réglementaires harmonisés. Le représentant de l’institution onusienne a également insisté sur la nécessité de renforcer la traçabilité à travers des outils numériques, jugés indispensables pour garantir la transparence et la crédibilité du commerce transfrontalier. Il a cité les expériences du Nigeria, du Kenya, du Maroc, du Brésil et du Vietnam comme sources d’inspiration.
Au nom de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS, Dr Konaté Moumouni a salué les avancées réalisées en matière d’harmonisation réglementaire, tout en appelant à une mise en œuvre effective des textes adoptés. Les défis demeurent nombreux : certification, contrôle qualité, accès des producteurs aux semences certifiées et gouvernance du secteur.

Représentant le Directeur général du CNRA/SEMRA, Dr Koffi Cyrille a, pour sa part, mis en avant les progrès enregistrés en Côte d’Ivoire, notamment la mise en place, en décembre dernier, du premier catalogue officiel des variétés de semences, une étape majeure dans la structuration du système semencier national.
L’atelier aborde la production des semences de prébase et de base, la certification, la distribution, le commerce transfrontalier, le financement, l’innovation et l’intégration des systèmes communautaires. Un accent particulier est mis sur les semences de qualité déclarée (QDS/SQD), considérées comme une solution intermédiaire entre systèmes formels et informels.
À l’issue des travaux, les organisateurs prévoient l’élaboration d’une note d’orientation stratégique régionale, d’une matrice d’interventions prioritaires et d’un schéma de gouvernance. L’objectif est clair : améliorer la qualité, accroître la disponibilité et élargir l’utilisation de semences adaptées afin de bâtir une agriculture ouest-africaine plus productive et résiliente.