La France emprunte de plus en plus cher pour financer sa dette. Lors de son émission obligataire de jeudi, l’État a obtenu un taux moyen de 4,23% sur ses emprunts à dix ans, un niveau inédit depuis près de vingt ans. Malgré cette hausse du coût du financement, les investisseurs ont largement répondu présents, avec une demande plus de deux fois supérieure à l’offre.
Le coût de la dette française poursuit ainsi sa progression. Le taux moyen pondéré des obligations assimilables du Trésor (OAT) à dix ans s’établissait à 3,90% en août et à 3,73% en juillet, contre seulement 3,45% en février. La remontée des taux s’inscrit dans un contexte international marqué par l’inflation, la hausse des prix de l’énergie et une concurrence accrue entre États pour attirer l’épargne disponible.
Selon l’Agence France-Trésor (AFT), 6,86 milliards d’euros ont été levés sur l’échéance à dix ans, alors que les investisseurs avaient formulé pour 15,275 milliards d’euros de demandes. Au total, la France a emprunté 13,497 milliards d’euros lors de cette opération.
L’État a également levé 3,3 milliards d’euros à dix ans à un taux moyen de 4,19%, 1,676 milliard d’euros à quatorze ans à 4,51% et 1,659 milliard d’euros à vingt ans à 4,74%.

Cette remontée des taux intervient alors que la dette publique française atteint des niveaux records. Elle s’élevait à 3.536,1 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2026, soit 117,5% du produit intérieur brut (PIB).
La hausse du coût des nouveaux emprunts finit progressivement par renchérir l’ensemble du stock de dette. À mesure que les obligations arrivant à échéance sont refinancées à des taux plus élevés, le taux d’intérêt moyen payé par l’État augmente.
Cette mécanique pèse directement sur les finances publiques. La charge de la dette, estimée à environ 65 milliards d’euros en 2025, devrait atteindre 77 milliards d’euros en 2026, dépassant ainsi le budget consacré à l’Éducation nationale.
La situation alimente les inquiétudes sur la trajectoire budgétaire française, alors que le pays doit simultanément réduire son déficit, contenir sa dette et soutenir une croissance économique encore fragile.
Avec un taux à dix ans autour de 4,25%, la France est désormais présentée comme l’un des emprunteurs les plus coûteux de la zone euro, devant notamment l’Italie et la Grèce. Un signal qui traduit la vigilance accrue des marchés à l’égard des finances publiques françaises.
Pour autant, l’ampleur de la demande lors de l’émission montre que la dette française conserve une forte attractivité auprès des investisseurs. Autrement dit, Paris continue de trouver preneurs, mais à un prix de plus en plus élevé.
La question du coût de l’endettement devrait ainsi s’imposer davantage dans le débat politique à l’approche de la présidentielle française de 2027. Plusieurs propositions de réduction ou d’annulation de la dette détenue par la Banque centrale européenne sont déjà au cœur des discussions, suscitant de vives oppositions parmi les autres formations politiques et les partenaires européens.