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« Le cyanure n’a pas de préférence entre les partisans RHDP, PDCI, PPA-CI ou non militants » : Marcellin Allé Koffi alerte sur l’orpaillage illégal

L'essor de l’orpaillage illégal s’explique aussi par la pauvreté qui touche une partie des populations

Dans une tribune libre intitulée « Orpaillage illégal : l’or pour les uns, les pleurs pour le peuple de Côte d’Ivoire », Marcellin Allé Koffi, Ivoirien, Conseiller principal de l’Administrateur du FMI pour l’Afrique de l’Ouest et membre du Conseil d’administration du FMI depuis 2006, alerte sur les conséquences croissantes de l’exploitation clandestine de l’or en Côte d’Ivoire. Il appelle à une réponse plus ferme de l’Etat, combinant répression, coopération régionale et alternatives économiques pour les populations rurales.

Selon l’auteur, l’essor de l’orpaillage illégal s’explique notamment par la forte progression du cours international de l’or et par la pauvreté qui touche une partie des populations rurales. Il évoque également l’implication de réseaux disposant de capacités financières et logistiques importantes. Citant des chiffres attribués au Conseil national de sécurité, il estime que les orpailleurs illégaux en Côte d’Ivoire seraient composés de 35 % de nationaux et de 65 % d’étrangers, principalement originaires d’Afrique de l’Ouest.

Pour Marcellin Allé Koffi, cette activité clandestine ne constitue pas seulement une question minière ou sécuritaire. Elle représente une menace pour plusieurs secteurs stratégiques de l’économie ivoirienne. Il pointe notamment la perte de recettes fiscales pour l’Etat, alors que la mobilisation des ressources intérieures demeure un enjeu majeur. Il établit également un lien entre l’attractivité de l’orpaillage et les difficultés rencontrées par certains producteurs de cacao et d’autres cultures pour trouver de la main-d’œuvre.

L’auteur s’inquiète particulièrement de l’impact de cette ruée vers l’or sur l’agriculture. Le cacao, rappelle-t-il, occupe une place centrale dans l’économie ivoirienne et fait vivre plusieurs millions de personnes. L’attractivité d’une activité permettant aux jeunes ruraux d’espérer des revenus rapides pourrait, selon lui, accentuer la désaffection pour les travaux agricoles.

Les conséquences environnementales constituent l’autre grande préoccupation développée dans la tribune. L’utilisation de produits chimiques, notamment le cyanure, ainsi que la destruction des terres et la pollution des cours d’eau menacent, selon lui, les écosystèmes, la pêche et la sécurité alimentaire des populations riveraines. Il alerte également sur les risques que cette pollution pourrait faire peser à terme sur l’approvisionnement en eau potable.

Sur le plan social, l’auteur dénonce par ailleurs la présence de jeunes et de mineurs sur certains sites clandestins. Il estime que l’orpaillage illégal alimente chez une partie de la jeunesse rurale l’illusion d’un enrichissement rapide, au détriment de la scolarisation et de l’investissement dans l’agriculture.

Face à cette situation, Marcellin Allé Koffi préconise une intensification des opérations de lutte contre les sites clandestins et surtout contre leurs réseaux de financement. Il cite notamment l’opération « Téré Koula », menée dans le nord de la Côte d’Ivoire, comme un modèle pouvant être adapté à d’autres régions. Il plaide également pour une meilleure coordination entre forces de défense et de sécurité, Douanes et services des Eaux et Forêts.

La lutte, estime-t-il, doit cependant être accompagnée d’alternatives économiques. L’amélioration des revenus des producteurs de cacao et d’anacarde, la transformation locale des produits agricoles et la modernisation de l’agriculture pourraient contribuer à rendre les activités rurales plus attractives pour les jeunes.

Marcellin Allé Koffi appelle enfin à une coopération renforcée entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, confrontés à des problématiques similaires, ainsi qu’à une meilleure maîtrise des flux transfrontaliers.

Au-delà de la lutte contre l’orpaillage clandestin, il défend une transformation structurelle de l’économie ivoirienne par l’industrialisation et la diversification. Pour lui, cette évolution constitue une réponse de long terme à la dépendance aux matières premières et aux vulnérabilités qu’elle engendre.

Son message se veut ainsi transversal : « Le cyanure n’a pas de préférence entre les partisans RHDP, PDCI, PPA-CI ou non militants ». L’orpaillage illégal, soutient-il, doit être considéré comme une question nationale dépassant les clivages politiques.

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