Une frappe aérienne menée par l’armée nigériane le dimanche 10 mai 2026, sur un marché de l’État de Zamfara, dans le nord-ouest du Nigeria, a fait au moins 72 morts, en majorité des civils, selon des responsables communautaires locaux. L’attaque, qui visait selon l’armée un rassemblement de groupes armés, suscite de vives réactions, Amnesty International évoquant pour sa part plus de 100 victimes civiles.
La frappe a touché le marché de Tumfa, dans la région de Zurmi, une zone régulièrement confrontée aux violences des groupes criminels armés appelés localement « bandits ». Selon Garba Ibrahim Mashema, chef communautaire de la zone administrative de Mashema, les habitants de plusieurs localités voisines, notamment Kwashabawa, Birane, Kware, Gangara et Manawa, ont été affectés par l’attaque.
« Jusqu’à présent, nous avons collecté 72 corps, certains étant méconnaissables en raison des explosions », a-t-il déclaré, précisant que de nombreux blessés ont été évacués vers les hôpitaux de Zurmi et Shinkafi.
Des témoignages locaux font état d’un bilan encore plus lourd. Un habitant affirme que l’attaque pourrait avoir causé la mort de 117 personnes et fait plus de 80 blessés.
La branche nigériane d’Amnesty International a dénoncé la mort « d’au moins 100 civils » dans cette opération militaire. L’organisation réclame davantage de transparence sur les circonstances de la frappe et sur les mesures prises pour protéger les populations civiles.
Dans un communiqué publié dimanche, l’armée nigériane a indiqué avoir lancé des opérations terrestres et aériennes après avoir reçu des « renseignements crédibles » signalant une réunion de « chefs et commandants terroristes notoires » dans le village de Tumfa, situé dans la zone de gouvernement local de Shinkafi, dans l’État de Zamfara.
Selon les forces armées, la frappe aérienne a « détruit avec succès » une structure utilisée comme point de rassemblement par ces groupes armés. L’armée n’a toutefois pas réagi immédiatement aux accusations faisant état d’importantes pertes civiles.
Le nord du Nigeria demeure confronté à une insécurité persistante, alimentée à la fois par les attaques de groupes jihadistes et par les exactions de bandes criminelles impliquées dans des enlèvements contre rançon, des pillages et des attaques de villages.
Cette nouvelle tragédie intervient dans un contexte de multiplication des bavures militaires liées aux frappes aériennes. Le même jour, au moins 13 civils ont également été tués dans une autre opération aérienne menée dans l’État du Niger, au centre-nord du pays, selon des habitants.
En avril dernier, une frappe de l’armée nigériane avait déjà causé la mort d’au moins 56 personnes sur un marché très fréquenté de l’État de Borno, dans le nord-est du pays. Les autorités avaient alors annoncé l’ouverture d’une enquête.