Les violences intercommunautaires se poursuivent dans l’est du Tchad, où des affrontements entre membres des communautés Tama et Zaghawa ont repris le lundi 27 avril dans la province du Wadi-Fira. Selon des sources locales et sécuritaires, le bilan humain, déjà estimé à au moins 42 morts depuis samedi, pourrait encore s’alourdir.
À l’origine de ces violences, une rixe survenue durant le week-end entre des femmes autour d’un point d’eau dans le village de Djourang, dans le département de Dar-Tama. L’incident, au cours duquel un jeune homme aurait blessé par balle une jeune femme, a rapidement dégénéré en une spirale de représailles, s’étendant sur plusieurs localités.
Les combats ont notamment perturbé la circulation sur l’axe reliant Abéché à Guereda, resté bloqué une grande partie de la journée de lundi. De nouveaux affrontements ont également été signalés à une dizaine de kilomètres au sud de la localité d’Igot, épicentre initial des violences. Le conflit a par ailleurs eu des répercussions jusque dans le camp de réfugiés soudanais d’Iridimi.
Face à l’escalade, les autorités tchadiennes ont dépêché une délégation de haut niveau sur place dès dimanche. Celle-ci était conduite par le vice-Premier ministre Limane Mahamat, accompagné du ministre des Armées Issakha Maloua Djamous et du chef d’état-major Abakar Abdelkerim Daoud. L’armée a également été déployée pour tenter de contenir les violences.
Selon Limane Mahamat, la rapidité de l’intervention militaire a permis de ramener temporairement le calme et de placer la situation « sous contrôle ». Mais ce répit a été de courte durée : des groupes armés issus des deux communautés ont repris les hostilités dès lundi matin.
Le vice-Premier ministre a annoncé le lancement d’un processus de « médiation coutumière » afin d’apaiser les tensions, ainsi que l’ouverture de procédures judiciaires pour établir les responsabilités. Il a assuré que le gouvernement prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour éviter une déstabilisation durable de cette zone frontalière.
Ces violences s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes liées à l’accès aux ressources, notamment à l’eau et aux terres. Elles interviennent également dans un environnement régional fragilisé par la guerre en cours au Soudan, qui a déjà poussé des centaines de milliers de réfugiés à fuir vers l’est du Tchad.
Depuis plusieurs mois, les provinces orientales tchadiennes subissent une pression croissante sur leurs ressources et leur sécurité. Le conflit soudanais, qui a causé plus de 40 000 morts selon les Nations unies et déplacé plus de 14 millions de personnes, est considéré comme l’une des plus graves crises humanitaires actuelles.
Dans ce contexte, N’Djamena a décidé en février de fermer sa frontière avec le Soudan « jusqu’à nouvel ordre », afin de limiter les infiltrations de combattants et d’éviter une propagation du conflit sur son territoire.