La dette publique des États-Unis a franchi, pour la première fois, la barre symbolique des 40 000 milliards de dollars. Selon les données publiées mercredi 19 août 2026 par le Département du Trésor américain, l’encours total atteint désormais 40 047 milliards de dollars, alimentant les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques du pays.
Dans le détail, la dette détenue par le public s’élève à 32 266 milliards de dollars, tandis que les créances intra-gouvernementales représentent 7 781 milliards. Ce nouveau record intervient plus rapidement que prévu, le Bureau du Congrès pour le budget (CBO) anticipant jusqu’ici une dette d’environ 39 400 milliards de dollars à la fin de l’année.

Cette progression s’explique principalement par le déséquilibre persistant entre les recettes et les dépenses fédérales. Les déficits budgétaires successifs conduisent Washington à multiplier les emprunts pour financer ses engagements, tandis que le coût du service de la dette ne cesse d’augmenter.
Sur les neuf premiers mois de l’exercice fiscal 2026, débuté le 1ᵉʳ octobre 2025, le gouvernement fédéral a enregistré un déficit de 1 367 milliards de dollars. Durant la même période, les charges nettes d’intérêts ont atteint 827 milliards de dollars, dépassant les dépenses consacrées à la défense, qui se sont établies à 713 milliards. Elles restent inférieures uniquement aux dépenses de sécurité sociale, évaluées à 1 244 milliards de dollars.
La hausse des coûts d’emprunt accentue davantage la pression sur les finances américaines. Le rendement des obligations du Trésor à 30 ans a atteint mardi son niveau le plus élevé depuis 2007, renchérissant le coût du refinancement de l’État.
Le franchissement des 40 000 milliards intervient également dans un contexte marqué par les dépenses liées à la santé et à la sécurité sociale, les dépenses militaires, ainsi que les effets des réductions d’impôts. Les remboursements de droits de douane aux entreprises, après l’annulation de certaines mesures par la Cour suprême en février, ont également contribué à creuser le déficit.
La dette fédérale américaine a connu une progression particulièrement rapide depuis plusieurs années. Elle avait franchi les 30 000 milliards de dollars en janvier 2022, avant de dépasser 39 000 milliards en mars 2026 et d’atteindre 39 700 milliards en juillet.

Cette dette représente désormais près de 125 % du produit intérieur brut américain. Pour Jessica Riedl, spécialiste du budget à la Brookings Institution, le niveau des déficits fédéraux n’est pas soutenable à long terme. Elle relève notamment que les déficits, autrefois considérés comme préoccupants lorsqu’ils atteignaient 3 à 4 % du PIB, se situent désormais autour de 6 à 7 %.
Face aux tensions sur les marchés, le Département du Trésor a annoncé mercredi une augmentation, à partir de septembre, de ses rachats d’obligations à long terme. Cette décision a contribué à rassurer les investisseurs et à détendre les taux.
Malgré ce seuil symbolique, les analystes soulignent qu’il n’existe pas de niveau d’endettement par rapport au PIB déclenchant automatiquement une crise. Ils surveillent toutefois plus particulièrement la dette détenue par le public, considérée comme un indicateur plus pertinent de la pression exercée sur les finances fédérales.
Pour Caleb Quakenbush, directeur de la politique budgétaire au Bipartisan Policy Center, la trajectoire des dépenses américaines n’a pas fait l’objet d’une réponse « significative ou durable » de la part du Congrès et des administrations successives. Une situation qui pourrait, selon lui, compliquer la capacité des États-Unis à faire face à une prochaine crise économique ou financière.