Le secteur du transport routier terrestre en Côte d’Ivoire fait face à des tensions croissantes, sur fond de concurrence jugée déséquilibrée par les opérateurs locaux. Derrière les concertations engagées avec les autorités, un malaise profond s’installe, révélant les fragilités d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Depuis plusieurs semaines, des échanges se tiennent entre le ministère des Transports et les organisations professionnelles, notamment l’Association patronale des entreprises de transport terrestre de Côte d’Ivoire (APETT-CI) et le Haut Conseil du patronat des entreprises de transport routier. Officiellement axées sur l’encadrement du marché et l’attribution des autorisations de transport, ces discussions traduisent en réalité une inquiétude grandissante des acteurs locaux.
Au cœur des préoccupations : l’expansion progressive de compagnies étrangères sur le marché ivoirien. Selon les transporteurs, certaines de ces entreprises, initialement positionnées sur des lignes internationales comme Niger-Abidjan ou Lomé-Abidjan, étendent progressivement leurs activités vers des lignes nationales déjà exploitées. Dotées de moyens financiers et logistiques plus importants, elles proposeraient des offres plus compétitives, fragilisant ainsi les opérateurs locaux, dont certains seraient aujourd’hui proches de la faillite.
Les professionnels dénoncent également des pratiques jugées contraires à la réglementation. Des entreprises étrangères contourneraient le dispositif légal en s’appuyant sur des prête-noms ivoiriens pour obtenir des autorisations d’exploitation. Une stratégie qui leur permettrait d’opérer comme des structures locales, tout en échappant en partie aux mécanismes de régulation, compliquant ainsi la tâche des autorités.
Face à cette situation qualifiée de « critique » par certains acteurs du secteur, des mesures de protection temporaire sont proposées. Parmi elles, la suspension, pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans, de certaines autorisations, notamment celles liées aux services de télétransport. L’objectif est de permettre aux entreprises nationales de se restructurer et de renforcer leur compétitivité.
Dans ce contexte, le directeur général du Haut Conseil du patronat, Diaby Ibrahim, joue un rôle central dans les négociations en cours, tout en privilégiant une approche discrète pour favoriser une issue concertée. Du côté de l’APETT-CI, la prudence reste de mise, certains responsables affirmant ne pas disposer de mandat pour s’exprimer publiquement. Par ailleurs, des entreprises citées dans les échanges, à l’instar de SONEF, n’ont pas réagi, alimentant les spéculations autour de ce dossier sensible.
Au-delà des tensions actuelles, cette situation met en lumière un enjeu majeur : celui de l’équilibre entre ouverture économique et protection des acteurs nationaux. Dans un espace régional marqué par la libre circulation, la régulation du secteur apparaît comme un défi crucial pour éviter une marginalisation progressive des entreprises ivoiriennes.
Alors que les discussions se poursuivent, les transporteurs appellent à une prise de mesures rapides afin de préserver la viabilité d’un secteur clé, indispensable à la dynamique économique du pays.
Yidéman KOUADIO