À l’approche des premières Journées Scientifiques du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) d’Angré dédiées aux pathologies liées au vieillissement, le Professeur BINAN Yves lève un coin voile sur les réalités de la gériatrie tout en lançant un appel vibrant aux populations et aux professionnels.
Diplômé en gérontologie en 2011 à l’Université d’Aix-Marseille en France, il fait partie des tout premiers experts universitaires ivoiriens dédiés à la santé des personnes âgées.
Depuis février 2018, il est le chef du service de médecine interne et de gériatrie au CHU d’Angré. Il préside également le comité d’organisation des toutes premières Journées Scientifiques de l’établissement consacrées au vieillissement.
Le CHU d’Angré s’apprête à accueillir ses premières Journées Scientifiques, dont vous présidez le comité d’organisation. Quel appel lancez-vous à la population et aux professionnels de la santé ?
Ces journées scientifiques sont entièrement consacrées au vieillissement. En gériatrie, nous ne traitons pas l’âge chronologique, mais les effets et les pathologies liés à l’avancement en âge.
J’invite chaleureusement les professionnels de la santé, les gériatres et l’ensemble de la population à participer à cet événement. Vieillir est le destin de chacun d’entre nous. Nos seniors ont besoin de nos soins, de notre considération, de notre attention et de notre affection. Prendre soin d’eux est une bénédiction. Une société qui oublie ses aînés se prive d’avenir. Pensons à eux durant ces journées scientifiques et au-delà.
Quelles sont les attentes de votre service et celles du CHU d’Angré pour ces journées scientifiques ?
Notre service espère sensibiliser la population pour inciter les familles à emmener les seniors en consultation gériatrique préventive au CHU. Cet événement permettra de mieux faire connaître nos prestations spécifiques et le CHU d’Angré de manière générale. Nous avons réaménagé nos plannings pour cette période afin d’être pleinement disponibles. Ensemble, redoublons d’efforts pour le bien-être de nos aînés.
Qu’est-ce qui a motivé la création du service de gériatrie au CHU d’Angré ?
C’est le pouvoir politique. Le Docteur Raymonde Goudou Coffie, ministre de la Santé à l’époque, a souhaité implanter cette discipline au CHU d’Angré. Le projet a pu voir le jour car les compétences étaient disponibles, notamment grâce au transfert de gériatres du CHU de Treichville. Nous formions alors le premier noyau d’experts universitaires en gériatrie.
Professeur, combien de gériatres compte le CHU d’Angré actuellement ?
Nous sommes cinq (5) gériatres en activité aujourd’hui, mais trente (30) autres spécialistes sont actuellement en formation.
Quelles sont les pathologies les plus fréquentes que vous constatez chez les seniors qui franchissent les portes du CHU d’Angré ?
Nous rencontrons d’abord les facteurs de risque cardiovasculaires classiques et leurs complications : l’hypertension artérielle et le diabète du sujet âgé (avec des risques d’hypoglycémie ou de coma diabétique).
Viennent ensuite les accidents vasculaires cérébraux (AVC), parmi lesquels les AVC ischémiques sont plus fréquents que les AVC hémorragiques. Nous prenons également en charge les pathologies neurodégénératives, la maladie d’Alzheimer en tête.
Enfin, nous traitons massivement les grands syndromes gériatriques comme la dénutrition, la déshydratation, les infections courantes et le paludisme, sans oublier les pulmonopathies. Nous intervenons aussi dans le parcours oncologique, où notre rôle est de réaliser l’évaluation gériatrique des patients atteints de cancer avant qu’ils ne subissent une chimiothérapie.
Quel est le nombre de lits dédiés à la gériatrie au sein de la médecine interne ici, au CHU d’Angré ?
Il n’y a pas de lit dédié à la gériatrie. Les consultations, les urgences et les hospitalisations s’articulent autour d’une cinquantaine de lits en médecine interne. Parmi ces hospitalisés, quarante pour cent (40 %) sont des patients gériatriques.
Dites-nous, quelle est selon vous la différence concrète entre la médecine interne et la gériatrie ?
La médecine interne est la mère des spécialités médicales. Au départ, toutes les médecines se confondaient. C’est après que naissent les spécialités : hématologie, rhumatologie…
La gériatrie est la science médicale qui s’occupe des soins préventifs et des soins curatifs des personnes du troisième âge. La médecine interne et la gériatrie sont, de ce fait, deux disciplines différentes, mais qui s’interpénètrent.
Professeur BINAN, dites-nous, pourquoi avoir choisi la gériatrie ? Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans cette spécialité ?
J’étais assistant chef de clinique en médecine interne. Mon chef de département de médecine et spécialité me choisit pour faire la formation en gériatrie. Et comme je vivais avec ma grand-mère, j’ai répondu favorablement. Puis, grâce à l’accord-cadre de collaboration créé entre la faculté de médecine et l’UFR des sciences médicales d’Abidjan, d’une part, et l’Université Aix-Marseille (France), d’autre part, accord au cours duquel des médecins ivoiriens iraient faire leur formation en gériatrie, je pars à Marseille. Je fais trois ans de formation. Je deviens maître assistant. Je décide ensuite de continuer la carrière de médecin interne tout en étant gériatre.
Professeur, nous arrivons au terme de cet entretien. Quel sera votre mot de fin ?
J’ai un rêve. Le rêve d’avoir des gériatres bien formés en activité dans tous les districts sanitaires de la Côte d’Ivoire. C’est en unissant nos forces que nous bâtirons une gériatrie solide pour un système de santé national d’excellence. Merci.
Fernandez Koffi