La capitale politique ivoirienne accueille un atelier stratégique majeur consacré à la transformation du cacao, réunissant les Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) membres de la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICD). Cette rencontre intervient dans un contexte de profondes mutations de la filière cacao en Côte d’Ivoire, marquées par l’accélération de la transformation locale et de nouvelles exigences réglementaires internationales.
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui confrontée à des défis persistants : pauvreté des producteurs, travail des enfants, déforestation, mais aussi pressions croissantes liées à la traçabilité, au respect des droits humains et à la durabilité environnementale. Face à ces enjeux, les acteurs de la société civile et les organisations de producteurs entendent désormais jouer un rôle plus actif dans la gouvernance du secteur.
C’est dans ce contexte que se tient à Yamoussoukro l’atelier de formation des OPA sur l’environnement de la transformation du cacao. L’initiative vise à renforcer leurs capacités institutionnelles, économiques et réglementaires, afin de leur permettre de porter un plaidoyer structuré et efficace en faveur d’une transformation inclusive.

« Notre objectif est de promouvoir une meilleure compréhension de la transformation du cacao, mais surtout d’aboutir à un plaidoyer solide et coordonné », explique Thonon Zacharie, formateur. « Aujourd’hui, la transformation atteint environ 70 %, mais elle reste dominée par les grands industriels. L’enjeu est de permettre aux petits transformateurs, aux coopératives et aux producteurs de s’y insérer pleinement, pour une filière plus équitable et compétitive. »
Si la transformation locale est porteuse de création de valeur et d’emplois, elle comporte également des risques, notamment la marginalisation des petits producteurs face à des normes et investissements parfois coûteux. L’atelier de Yamoussoukro entend donc outiller les OPA pour anticiper ces défis et influencer les politiques publiques et privées du secteur.
Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet « Renforcement de la société civile pour la durabilité et la bonne gouvernance de la filière cacao en Côte d’Ivoire », cofinancé par l’Union européenne et mis en œuvre par un consortium regroupant Inades-Formation Côte d’Ivoire, IDEF, Solidaridad West Africa, INKOTA et Fern.

Déployé de mai 2023 à avril 2026 dans les 13 délégations régionales du Conseil Café-Cacao (CCC), le projet vise à professionnaliser et renforcer la légitimité de la société civile ivoirienne dans les espaces de dialogue et de décision, au plan national et international.
Pour Zéhi Pauline, co-coordonnatrice de la PICD, l’atelier de Yamoussoukro constitue une étape clé dans la stratégie de la plateforme : « Il s’agit de donner aux membres du groupe thématique Transformation une meilleure compréhension des enjeux réglementaires, des processus de transformation, de la qualité sanitaire et de l’accès au marché. À terme, nous voulons identifier des axes de plaidoyer forts pour soutenir la transformation à petite échelle et encourager la consommation locale des produits dérivés du cacao. »
Un message fort est ainsi adressé aux producteurs : devenir eux-mêmes les premiers consommateurs de leurs produits et renforcer la gouvernance de leurs organisations, afin de développer des unités locales de transformation capables de dynamiser les marchés local, national et sous-régional.

Du côté des participants, l’atelier suscite un réel engouement. Louise Topé, responsable d’OPA, souligne l’importance des échanges : « La transformation et la consommation locale apparaissent aujourd’hui comme des solutions crédibles aux difficultés de la filière. Les coopératives ont un rôle clé à jouer, car elles sont proches des producteurs et peuvent agir sur la qualité. La synergie entre coopératives est essentielle pour réussir, même à petite échelle. »
À travers cette rencontre de Yamoussoukro, la PICD et ses partenaires entendent jeter les bases d’un plaidoyer fort et cohérent, afin que la transformation du cacao en Côte d’Ivoire devienne un véritable levier de développement durable, inclusif et souverain, au bénéfice des producteurs et des communautés rurales.