La démocratie ne peut durablement s’enraciner dans un pays si elle ne s’exerce pas d’abord au sein des partis politiques. C’est l’une des principales conclusions de la cinquième édition du Café démocratique, organisée le vendredi 17 juillet 2026 au CERAP à Cocody, par la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie en partenariat avec le Centre de Recherche et d’Action pour la Paix (CERAP).
Autour du thème « La culture démocratique au sein des partis politiques : et si on en débattait ? », cette rencontre a réuni plus de soixante-dix participants, parmi lesquels des journalistes, enseignants, étudiants, écrivains et acteurs de la société civile. Les échanges, modérés par Debora Tebily, ont été animés par Me Kaudjhis-Offoumou, avocate à la Cour, et le Pr Simplice Dion, professeur titulaire de philosophie.
Pour Pr Simplice Dion, les partis politiques, pourtant au cœur du fonctionnement démocratique, peinent à faire vivre les principes qu’ils défendent. « Toutes les divisions que nous connaissons viennent des partis politiques. Pourtant, ils rassemblent des personnes qui partagent une même vision », a-t-il relevé. Selon lui, la discipline imposée au sein des formations politiques laisse peu de place à la contradiction, au point où toute voix dissidente est souvent perçue comme une menace.

Le philosophe a également pointé plusieurs obstacles à la démocratie interne, notamment des systèmes verrouillés par les « notables » des partis, une inclusion parfois seulement symbolique des jeunes et des femmes, ainsi que la prédominance des clans, des castes et des intérêts personnels. Il a plaidé pour une éducation à la démocratie dès l’école, estimant que celle-ci doit devenir un véritable lieu d’apprentissage des valeurs démocratiques.
De son côté, Me Kaudjhis-Offoumou a rappelé qu’un parti politique ne peut prétendre promouvoir la démocratie s’il fonctionne lui-même de manière oligarchique. Pour elle, la culture démocratique repose sur des valeurs, des attitudes, des connaissances et des pratiques qui permettent aux citoyens de vivre pleinement la démocratie.

L’avocate a souligné qu’un parti démocratique doit garantir la participation de tous ses membres aux prises de décision, l’égalité de vote, une information transparente, le contrôle partagé de l’ordre du jour ainsi qu’une réelle inclusion. Elle a dénoncé la personnalisation et la centralisation du pouvoir observées dans plusieurs formations politiques, estimant que certains responsables finissent par confondre leur parti avec l’État, au détriment de la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Les deux intervenants ont insisté sur la nécessité de favoriser davantage de débats publics contradictoires afin de renforcer la culture démocratique. Ils ont également rappelé que des principes universels tels que l’alternance, le respect des droits humains et la participation citoyenne demeurent les fondements de toute démocratie.
En conclusion, le Pr Simplice Dion a invité à dépasser les critiques adressées au système démocratique lui-même. « Ce n’est pas la démocratie qui crée les problèmes, c’est l’application qu’on en fait qui les crée », a-t-il déclaré, appelant à poursuivre, avec patience et persévérance, la construction d’une démocratie plus vivante au sein des partis politiques comme dans l’ensemble de la société.