Après une campagne 2025/2026 qui a vu un effondrement des cours mondiaux plongeant la filière café-cacao dans la tourmente, le programme de rachat des stocks invendus, financé à hauteur de 291 milliards de FCFA par le fonds de stabilisation, est officiellement bouclé. En attendant le bilan de la campagne écoulée, sur le terrain, des coopératives affirment n’avoir jamais pu écouler leurs fèves, mettant ainsi l’Organisation Interprofessionnelle Agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao), face à ses responsabilités dans une gestion opaque.
Selon certaines sources, en début d’année 2026, sur les places financières internationales, les cours du cacao baissent, entraînant une chute de plus de 70 % du prix de la fève. Conséquence immédiate : les multinationales, qui réceptionnent près de 80 % de la production nationale, suspendent leurs achats. Dans les zones de production, les fèves s’accumulent alors en brousse, chez des producteurs désormais incapables de vendre au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme, pourtant annoncé par le Gouvernement à l’ouverture de la campagne.
En quelques semaines, ce qui n’était qu’une secousse boursière se mue en crise sociale dans les campagnes ivoiriennes. Des milliers de planteurs, privés de débouchés, voient leur revenu s’évaporer tandis que leurs récoltes dorment sous les bâches.
Face à cette situation, le Gouvernement ivoirien prend ses responsabilités, actionne le fonds de stabilisation et débloque 291 milliards de FCFA pour racheter les stocks invendus. Un inventaire, conduit par le Conseil du Café-Cacao du 15 au 18 janvier 2026 sur l’ensemble des zones de production, recense 123 000 tonnes de fèves détenues par près de 1 400 coopératives de producteurs.
Une précision s’impose, car elle est au cœur des malentendus actuels : le programme de rachat n’a jamais eu vocation à absorber la totalité du cacao non acheté par les exportateurs. Seul le stock identifié et inventorié entre le 15 et le 18 janvier 2026 était concerné.
Sur les 123 000 tonnes recensées, 21 000 tonnes ont d’ailleurs été achetées par les exportateurs dans les semaines qui ont suivi, avant même le démarrage de l’opération. Restaient donc environ 102 000 tonnes à racheter sur les ressources du fonds de stabilisation.
Encore fallait-il s’entendre sur le pilote de l’opération. Après moult négociations et différends entre structures de la filière, c’est l’Organisation Interprofessionnelle Agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao) qui s’est imposée pour conduire le programme de rachat des stocks résiduels inventoriés.
Le schéma défini lui accordait l’exclusivité dans la désignation des coopératives identifiées, autorisées à décharger leurs invendus dans les usines aux ports d’Abidjan et de San Pedro. Le Conseil du Café-Cacao, de son côté, se chargeait du contrôle de la qualité des fèves, de leur usinage puis de leur exportation. Gestionnaire du fonds de stabilisation, le Conseil devait en outre payer les coopératives exclusivement par le canal de l’OIA.
Autrement dit, une seule porte d’entrée pour vendre, une seule voie pour être payé. Un dispositif verrouillé qui, précisément parce qu’il concentrait tous les pouvoirs de désignation entre les mains d’une seule structure, appelait en retour une obligation renforcée de transparence.
Aujourd’hui, l’OIA affirme que le programme a été entièrement et totalement bouclé. Dont acte. Mais alors, comment expliquer que des coopératives détentrices de stocks, qui assurent avoir été identifiées et inventoriées entre le 15 et le 18 janvier 2026, continuent de se plaindre de n’avoir pas pu vendre leurs fèves ?
De deux choses l’une : soit ces coopératives ne figuraient pas dans l’inventaire de janvier, et il faut le leur démontrer, documents à l’appui ; soit elles y figuraient, et il faut expliquer pourquoi elles n’ont pas été servies. Dans les deux cas, des questions simples attendent des réponses précises. Quelles sont les coopératives qui ont été autorisées à vendre leurs stocks à 2 800 FCFA le kilogramme ? De quelles quantités disposaient-elles ? Et pourquoi, à ce jour, des producteurs restent-ils sur le carreau ?
Il paraît plus que raisonnable, et même nécessaire, qu’un bilan soit dressé de la gestion de ce programme par les structures qui en avaient la charge. Il y va de la transparence et de la bonne gestion de fonds publics d’un montant considérable. L’OIA Café-Cacao, qui avait la responsabilité de désigner les coopératives autorisées à décharger leur produit, devrait rendre publique la liste des bénéficiaires du programme, afin que chacun sache avec exactitude qui a fait quoi, et qui a bénéficié de quoi. C’est le sens même de la redevabilité que les producteurs, pour lesquels ce programme a été initié, sont en droit d’attendre.
Nous encourageons par ailleurs le Gouvernement à diligenter un audit de la gestion de la liste et des 291 milliards de FCFA du fonds de stabilisation. Non pour jeter l’opprobre sur quiconque, mais pour maintenir à un niveau élevé l’exigence de bonne gouvernance et de rigueur dans la gestion des finances publiques, qui fait la crédibilité de la filière.
Le temps presse. La nouvelle campagne cacaoyère a été avancée au 1er septembre 2026, au lieu du 1er octobre habituellement. Avant ce coup d’envoi, il est impératif que le bilan de la saison 2025-2026 soit établi, afin que l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur abordent la nouvelle saison au même niveau d’information et de responsabilité. Une filière qui pèse si lourd dans l’économie nationale ne peut se permettre d’ouvrir une campagne sur les zones d’ombre de la précédente.
Le titre et le chapeau sont de la rédaction