La Société ivoirienne de néphrologie (SINEPH), en collaboration avec le Conseil régional de Gbêkê et le Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles (PNLMNT), a organisé, mercredi 12 août 2026, une journée de dépistage et de sensibilisation sur les maladies rénales à la mairie de Béoumi, au cours de laquelle 267 personnes ont été dépistées.
Cette activité, placée sous le thème de la prévention des maladies rénales et de la promotion de la santé des reins, a permis aux populations de Béoumi de bénéficier de consultations et d’examens visant à rechercher les principaux facteurs de risque des maladies rénales, notamment l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité, ainsi que d’éventuelles anomalies urinaires.
Le président de la SINEPH, Pr Yao Hubert, a expliqué que cette initiative s’inscrit dans le cadre des actions de prévention menées depuis plus d’une dizaine d’années par les spécialistes ivoiriens des maladies du rein. « La Société ivoirienne de néphrologie est une association de médecins spécialistes des maladies du rein qui, depuis plus d’une dizaine d’années, se charge de la prévention des maladies du rein. Nous qui sommes dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), nous nous rendons compte que pratiquement tous les malades qui viennent dans nos services sont diagnostiqués à un stade très avancé de la maladie du rein, à un stade où les possibilités de prise en charge ne sont pas énormes », a-t-il expliqué.
Selon lui, le diagnostic tardif des maladies rénales réduit les possibilités de prise en charge et peut compromettre le pronostic des patients. « Nous avons donc jugé bon de venir au sein de nos populations pour les sensibiliser et les dépister sur les facteurs de risque des maladies rénales, tels que l’hypertension, le diabète et l’obésité. Et puis rechercher des anomalies dans les urines qui pourraient conduire, si le traitement n’est pas fait rapidement, vers une maladie du rein. C’est donc la raison pour laquelle nous sommes là », a-t-il précisé.
La journée de dépistage a été précédée, mardi 11 août 2026, d’une session de formation destinée aux agents de santé de Béoumi. Au total, 32 professionnels de santé, composés de médecins généralistes, d’infirmiers et de sages-femmes, ont été formés à l’utilisation des outils de dépistage et de diagnostic des maladies rénales.
« Depuis hier mardi 11 août 2026, nous avons procédé à la formation des agents de santé de Béoumi. Il y avait 32 personnes, aussi bien des médecins généralistes que des infirmiers et des sages-femmes, qui ont été formées aux outils diagnostiques des maladies du rein. Et ce matin, nous sommes en face de la population pour leur donner des conseils pour prévenir les maladies du rein », a indiqué Pr Yao Hubert.
Il a souligné que les équipements nécessaires au dépistage avaient été acheminés sur le site afin de permettre aux participants de bénéficier gratuitement des examens prévus dans le cadre de l’opération. « Nous avons envoyé tout ce qu’il faut pour faire un dépistage. Nous souhaitons ne pas avoir de cas très sérieux. Qui dit dépistage dit nécessité de confirmation. Mais tout ce que nous faisons sur place ici est totalement gratuit. Nous avons même quelques médicaments antihypertenseurs pour certains qui auront des pressions artérielles élevées », a-t-il déclaré.
Le président de la SINEPH a rappelé que les actions de prévention de son organisation sont conduites dans différentes localités du pays afin de rapprocher les spécialistes des populations. « Depuis une dizaine d’années, nous menons cette activité de prévention. Nous sommes des néphrologues. Parmi nous, il y a des enseignants de l’université qui sont en charge de la formation dans cette spécialité notamment, moi-même, votre serviteur, qui suis le premier responsable de la formation dans cette spécialité en Côte d’Ivoire. Notre part, c’est de pouvoir donner gratuitement à nos populations », a-t-il fait savoir.
Il a précisé que la SINEPH organise deux campagnes de prévention par an, dans des localités différentes. « Chaque année, nous faisons une localité par semestre. Nous avons déjà tellement d’activités sur place là-bas, nous ne pouvons pas venir tous les mois. Donc, deux fois par année, nous le faisons. En mars dernier, nous étions à Dabou. Et aujourd’hui, nous sommes à Béoumi. Là, il faut attendre encore mars de l’année prochaine pour choisir une autre ville », a expliqué Pr Yao Hubert.
Le néphrologue a insisté sur le caractère silencieux des maladies rénales, qui peuvent évoluer sans symptômes visibles pendant une longue période. « À l’endroit de la population, nous disons que la maladie rénale est silencieuse. Elle ne s’exprime pas au début alors que c’est en ce moment que le traitement est le plus efficace. Il faut donc aller la chercher par un dépistage », a-t-il conseillé.
Pour Pr Yao Hubert, le dépistage précoce permet de prendre en charge la maladie avant l’apparition des signes cliniques et de limiter son évolution. « Dépister tôt, on a de quoi stabiliser durablement, même freiner sa progression. Malheureusement, au moment où les signes vont apparaître, la maladie est déjà très avancée. Donc, il ne faut pas attendre que des signes apparaissent », a-t-il insisté.
Le président de la SINEPH a appelé les personnes souffrant d’hypertension artérielle ou de diabète à effectuer un contrôle régulier de leur fonction rénale. Il a indiqué que l’hypertension artérielle constitue la première cause de mise en dialyse en Côte d’Ivoire. « Pour les sujets qui ont déjà des maladies qui peuvent évoluer vers les maladies rénales, comme l’hypertension artérielle, la première cause de mise en dialyse chez nous, en Côte d’Ivoire, sur dix malades qui sont en dialyse, six le sont à cause de l’hypertension artérielle. Donc, c’est vraiment un problème de santé publique », a-t-il relevé.
Il a expliqué que l’hypertension artérielle non contrôlée peut entraîner une dégradation progressive des reins, en raison de la pression exercée sur les vaisseaux sanguins et les structures rénales. « Quand la pression artérielle n’est pas contrôlée, la pression aussi va être importante dans les reins et ça va les détruire. C’est la même chose pour le diabète, qui est la deuxième cause de mise en dialyse », a-t-il expliqué.
Pr Yao Hubert recommande aux personnes hypertendues et diabétiques de faire contrôler leurs reins au moins une fois par an. « Tous ceux qui sont déjà porteurs d’hypertension ou de diabète doivent surveiller de près leurs reins une fois par an. Ils doivent aller voir le médecin généraliste, faire un bilan systématique tous les ans pour vérifier que les reins sont en bonne santé. Il ne faut pas attendre que des signes apparaissent parce que, malheureusement, à ce stade-là, il n’y a pas beaucoup de traitements », a-t-il conseillé.
Un participant à la journée de dépistage, Siaka N’Dri Lazare, a salué l’initiative de la SINEPH et de ses partenaires, estimant qu’elle permet aux populations de connaître leur état de santé et de prendre des mesures de prévention. « Ces séances sont les bienvenues, elles sont salvatrices, elles nous permettent d’avoir longue vie. Après mon test de dépistage, le médecin m’a dit que je ne présente pas de signe de maladie rénale, mais il m’a conseillé de consommer assez d’eau », a-t-il témoigné.
Il a invité les personnes qui n’effectuent pas de consultations médicales régulières à profiter des campagnes de dépistage pour connaître leur état de santé. « Il m’a aussi dit de passer le message autour de moi, à ma famille, à mes proches pour qu’ils aillent faire leur test pour prévenir. Nombreux sont ceux qui ne vont pas à l’hôpital pour des consultations et, quand la maladie intervient, il est souvent difficile de recoller les morceaux », a-t-il déclaré.
La journée de Béoumi s’inscrit dans la stratégie de la SINEPH visant à renforcer la prévention et le dépistage précoce des maladies rénales auprès des populations, en complément de la prise en charge assurée dans les établissements sanitaires.