La Cour suprême de Somalie a jugé illégale, jeudi 5 novembre 2026, la prolongation d’un an du mandat du président Hassan Sheikh Mohamud, arrivé à expiration en mai dernier. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions politiques entre le pouvoir exécutif et l’opposition, sur fond de contestation de la réforme constitutionnelle et électorale.
Au cœur de cette crise figure le projet de réforme porté par le chef de l’État, qui ambitionne de faire évoluer le système électoral somalien, jusque-là fondé sur la représentation clanique, vers un scrutin au suffrage universel direct. Présentée par le gouvernement comme une avancée démocratique, cette réforme est dénoncée par l’opposition, qui y voit une tentative de renforcer le pouvoir présidentiel.
Pour justifier son maintien en fonction jusqu’en 2027, Hassan Sheikh Mohamud s’était appuyé sur des amendements constitutionnels adoptés en mars par le Parlement. Ces dispositions prévoyaient une année supplémentaire de transition, en vue de l’organisation des premières élections nationales au suffrage universel direct, annoncées pour avril et mai 2027. Leur adoption avait toutefois été boycottée par les partis d’opposition et plusieurs dirigeants régionaux.
Dans sa décision, la Cour suprême a estimé que les modifications constitutionnelles ne pouvaient s’appliquer au mandat présidentiel en cours. Elle a ainsi considéré que le chef de l’État aurait dû quitter ses fonctions en mai.
La décision judiciaire intervient au lendemain de l’annonce par le président de la révocation du président de la Cour suprême, Bashe Yusuf Ahmed, et de la nomination d’un successeur. La haute juridiction a rejeté cette mesure, la déclarant « nulle et non avenue » et dénonçant une tentative d’entraver l’examen du contentieux constitutionnel.
Cette confrontation entre les pouvoirs exécutif et judiciaire accentue l’incertitude politique dans le pays, où les tensions autour du maintien au pouvoir de Hassan Sheikh Mohamud ont déjà provoqué des affrontements à Mogadiscio en juin dernier.
Cette crise politique intervient alors que la Somalie fait face à l’insurrection du groupe islamiste Al-Shabaab, affilié à Al-Qaïda. Les difficultés persistantes dans la lutte contre les groupes armés sont aggravées par la réduction du soutien international aux forces engagées dans le pays.
L’Ouganda, principal contributeur de troupes à la force de l’Union africaine, a notamment annoncé son intention de retirer l’ensemble de ses soldats d’ici à fin 2027. Par ailleurs, les États-Unis ont suspendu leur contribution à une importante mission logistique des Nations unies soutenant la coalition militaire.
La décision de la Cour suprême ouvre ainsi une nouvelle séquence d’incertitude politique, à quelques mois de l’échéance électorale prévue par le gouvernement.