L’écrivain français Philippe Jaenada a remporté, ce mardi 3 novembre 2026, le prestigieux Prix Goncourt pour son roman-enquête « L’Inconnue du quai de Javel ». À travers cet ouvrage de 528 pages, l’auteur de 62 ans revient sur un meurtre non élucidé commis en 1949 et redonne une existence à Louise Cansot, une jeune modèle des peintres de Montmartre dont le destin était tombé dans l’oubli.
La récompense lui a été remise au restaurant Drouant, à Paris, lieu emblématique de la proclamation du prix. « Je me sens joyeux », a déclaré le lauréat après l’annonce du verdict. Le président de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, a justifié ce choix par la volonté de rendre justice à une femme oubliée. « Il rend visible une femme qui avait été invisibilisée, une victime, une jeune victime dont la police ne s’est pas trop préoccupée », a-t-il expliqué.
Dans son ouvrage, Philippe Jaenada revient sur un fait divers survenu le 6 septembre 1949, lorsque le corps d’une jeune femme est découvert pieds nus sur les quais de la Seine. Son identité est établie dès le lendemain : il s’agit de Louise Cansot, un modèle apprécié des artistes de Montmartre, qui vivait à l’hôtel et restait discrète sur sa vie privée.
À l’époque, les enquêteurs avaient identifié quatre suspects, sans parvenir à réunir des preuves suffisantes. Après six mois de recherches infructueuses, l’inspecteur-chef Ferrière avait décidé de classer l’affaire. Plus de sept décennies après les faits, l’écrivain reprend le dossier, consulte les archives, recueille des témoignages et retourne sur les lieux du drame. Il remonte également jusqu’à l’enfance de Louise, à Tréguier, en Bretagne, pour reconstituer son parcours.
Fidèle à son style, Philippe Jaenada mêle rigueur documentaire, humour, autodérision et digressions. Pour nourrir son travail, il est notamment allé jusqu’à lire les 75 enquêtes du célèbre commissaire Maigret, personnage créé par Georges Simenon. Au-delà de l’identification d’un éventuel meurtrier, son ambition est surtout de restituer une histoire et une dignité à cette femme disparue dans l’anonymat.
Né le 25 mai 1964 à Saint-Germain-en-Laye, Philippe Jaenada s’est imposé dans le paysage littéraire français avec une écriture vivante et volontiers familière. Il publie son premier roman, « Le Chameau sauvage », en 1997, qui lui vaut le prix de Flore. En 2017, il décroche le prix Femina pour « La Serpe », une enquête consacrée à Henri Girard, accusé d’un triple meurtre en 1941.
Pour cette édition 2026, trois autres ouvrages étaient en lice : « La solitude des professeurs est infinie » de Yannick Haenel, « Choses que je croyais perdues » de Clémentine Mélois et « De l’autre côté du lac » de Sylvain Prudhomme.
Longtemps présenté comme favori, le livre de Thélyson Orélien, « C’était ça ou mourir », avait été retiré de la sélection à la suite de soupçons de recours à l’intelligence artificielle. Cette controverse a relancé le débat au sein de l’Académie Goncourt, qui envisage d’inscrire dans son règlement que le prix ne peut récompenser qu’un ouvrage écrit par un être humain.