À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique (FIP) a organisé, le samedi 1er août 2026 à la mairie de Yopougon, un colloque historique qui a marqué le lancement de la première édition de la Semaine nationale des femmes bâtisseuses de la nation. Plus de 300 femmes, venues de tous les horizons politiques, ethniques et religieux, ont planché sur les acquis et les défis de six décennies de vie nationale, avant de formuler des propositions concrètes pour un avenir plus inclusif.
Placée sous le thème : » Indépendance, la belle promesse : 66 ans après, quels acquis pour les femmes et quelles perspectives pour demain ? », cette rencontre inédite a réuni des personnalités politiques, administratives, universitaires ainsi que de nombreuses organisations féminines, ce qui a permis de dresser un bilan lucide du chemin parcouru depuis 1960 tout en analysant les obstacles persistants.
La présidente du FIP, Rebecca Yao, a ouvert les travaux en établissant un parallèle entre l’histoire de la Nation et le rôle fondamental des femmes, soulignant que »le chiffre 66 symbolise l’harmonie familiale, l’amour inconditionnel et la double prospérité ». Elle a ensuite lancé une interrogation qui a résonné dans toute la salle : »Où sont les femmes ? », avant d’y répondre avec une conviction vibrante : ‘‘ Les femmes, elles sont bien là ». Effectivement, elles étaient nombreuses, venues de toutes les ethnies, de toutes les religions et de tous les partis politiques, incarnant ainsi l’universalité de la cause féminine et son rôle de ciment social.

Avant d’aborder l’avenir, Rebecca Yao a invité l’assistance à un exercice de mémoire intense en rappelant un épisode fondateur de l’histoire ivoirienne, à savoir la marche historique des femmes sur la prison de Grand-Bassam en 1949, où 4 000 femmes Bété, Dumas, Baoulé et Abbé, ne parlant pas la même langue, avaient pris d’assaut la prison coloniale face à la police armée, un acte d’audace qui a marqué les esprits et souligné la continuité de l’engagement féminin, de la lutte anticoloniale à la construction de la nation moderne.
Les échanges ont par la suite permis de mettre en lumière les progrès accomplis au cours de ces six décennies, avec des réformes structurelles majeures telles que l’adoption de la loi n° 2019-870 relative à la représentativité des femmes aux Assemblées élues, fixant un quota de 30 %, ainsi que la modification du code du travail renforçant la protection de la femme enceinte, sans oublier les politiques d’autonomisation économique mises en œuvre sous la gouvernance du Président Alassane Ouattara, notamment à travers le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI) qui a bénéficié à des milliers de femmes à travers le pays.
En effet, les données présentées ont montré une évolution notable de la présence féminine dans les sphères décisionnelles, la proportion de femmes au sein du gouvernement étant passée de 7,69 % en 2011 à 18,18 % en 2024, tandis que l’effectif féminin des Forces Armées a doublé sur la même période, passant de 300 à 600 éléments, des avancées significatives qui restent toutefois en deçà des ambitions affichées.
En dépit de ces acquis, de nombreux défis persistent et ont été longuement débattus, notamment en matière d’autonomisation économique effective, de représentation paritaire dans les instances de décision, d’accès à la santé et à l’éducation dans les zones rurales, ainsi que de lutte contre les violences basées sur le genre, des préoccupations qui ont nourri des échanges nourris et constructifs entre les participantes.
Par ailleurs, Fofana Lemalo, représentant le président de la Cour de cassation empêché par un agenda particulièrement chargé, a transmis le message de gratitude et de reconnaissance de la haute juridiction, saluant « la force, la créativité et l’engagement des femmes ivoiriennes qui ont su inscrire leur empreinte dans l’histoire de notre pays », tout en réitérant l’engagement des institutions à soutenir les initiatives qui valorisent le rôle des femmes dans la société.
Elle a déclaré que « les femmes bâtisseuses sont les piliers invisibles et visibles de notre société », qu’elles portent la mémoire, façonnent l’avenir et incarnent la résilience et l’espérance, affirmant que la construction de la nation ne saurait se concevoir sans la contribution essentielle des femmes, qu’elles soient dans les foyers, dans les institutions, dans les champs, dans les entreprises ou dans les tribunaux.
Le parrain de la cérémonie, Ahoua N’Doli, a salué cette initiative qu’il a qualifiée de »devoir de mémoire et de reconnaissance envers les pionnières ivoiriennes », tout en appelant à accélérer l’autonomisation économique des femmes, affirmant avec force que » le destin d’une nation est indissociable de l’épanouissement de ses femmes » et que » chaque femme qui ose ouvrir un chemin élargit aussi l’horizon de toute une nation ».
Au terme des travaux, les participantes ont décidé d’élaborer un Livre blanc ainsi qu’une déclaration commune destinés aux pouvoirs publics et aux partenaires de développement, documents qui formuleront des recommandations précises autour de huit grands axes que sont l’économie, la gouvernance, la santé, l’éducation, l’agriculture, l’environnement, la jeunesse et la finance, afin d’orienter les politiques publiques en faveur d’une meilleure intégration des femmes dans le développement national.
La Semaine nationale des femmes bâtisseuses de la Nation s’achèvera le 4 août prochain par un dîner-gala de distinction au Sofitel Hôtel Ivoire, au cours duquel 66 femmes pionnières seront honorées pour leur contribution au rayonnement de la Côte d’Ivoire, parmi lesquelles figurent Henriette Dagri Diabaté, Simone Ehivet Gbagbo ainsi que plusieurs autres personnalités dont les actions ont profondément marqué la vie nationale.