Le révérend américain Jesse Jackson, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis et ancien candidat aux primaires démocrates, est décédé mardi 17 février 2026 à l’âge de 84 ans. Compagnon de route de Martin Luther King Jr., orateur charismatique et infatigable militant pour l’égalité, il aura porté pendant plus d’un demi-siècle un combat qui a dépassé les frontières américaines, jusqu’en Côte d’Ivoire où il s’était engagé pour la paix.
La cause de son décès n’a pas été précisée dans l’immédiat, mais Jackson avait été hospitalisé en novembre pour un traitement visant à réguler sa tension artérielle, alors qu’il était suivi pour une progressive supranuclear palsy (PSP), « un trouble neurologique rare qui affecte les mouvements du corps, la marche et l’équilibre, ainsi que les mouvements des yeux », selon l’Institut national américain des troubles neurologiques et des accidents vasculaires cérébraux.
Il avait annoncé en 2017 qu’on lui avait diagnostiqué la maladie de Parkinson.

De la ségrégation au combat pour l’égalité
Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, sous le nom de Jesse Louis Burns, il grandit dans le « Vieux Sud » ségrégué. Issu d’un milieu modeste, confronté très tôt aux discriminations raciales, il forge progressivement sa conscience politique.
Brillant sportif, il obtient en 1959 une bourse pour l’Université de l’Illinois, mais quitte l’établissement, dénonçant un climat discriminatoire, pour rejoindre une université historiquement noire. Diplômé en sociologie en 1964, il poursuit des études de théologie. En juin 1968, quelques semaines après l’assassinat de Martin Luther King, dont il était proche et auprès duquel il se trouvait à Memphis, il est ordonné pasteur baptiste. Il restera fidèle toute sa vie à cette Église évangélique.
En 1971, il fonde l’organisation PUSH (People United to Serve Humanity), dédiée à la défense des droits des Afro-Américains et des plus démunis. Manifestations et boycotts deviennent ses armes politiques. En 1984, il crée la Rainbow Coalition, élargissant son combat à d’autres minorités : chômeurs, petits agriculteurs ou encore aux mères célibataires. Les deux structures fusionneront en 1996 pour former Rainbow/PUSH Coalition.

L’homme qui a ouvert la voie à la Maison Blanche
À deux reprises, en 1984 et 1988, Jesse Jackson se présente aux primaires du Parti démocrate. Avec un programme résolument progressiste prévoyant la hausse des impôts pour les plus riches, l’assurance maladie universelle et la réduction du budget militaire, il obtient 18 % des voix en 1984 et 29 % en 1988. Il devient alors la personnalité noire la plus en vue à avoir sérieusement convoité la Maison Blanche.
Vingt ans plus tard, en 2008, l’élection de Barack Obama concrétise en partie le rêve qu’il avait contribué à rendre possible. Si des tensions publiques ont ponctué leur relation durant la campagne, Jackson avait finalement salué un moment « historique » pour l’Amérique.
Opposé à la guerre en Irak en 2003, militant contre les armes nucléaires et en faveur d’un État palestinien, il a également pris part aux mobilisations après la mort de George Floyd. Son engagement constant l’a conduit à parcourir le monde, rencontrant chefs d’État et responsables politiques.
En juillet 2021, il est reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, qui lui remet la Légion d’honneur. Malgré la maladie de Parkinson révélée quelques années plus tôt, il poursuit ses déplacements et ses prises de parole.

Une médiation remarquée en Côte d’Ivoire
L’empreinte internationale de Jesse Jackson s’est également inscrite en Côte d’Ivoire. En août 2009, il effectue une visite de trois jours à Abidjan dans un contexte préélectoral sensible.
Durant son séjour, il rencontre les principaux acteurs politiques, dont le président et le Premier ministre de l’époque, appelant à un scrutin apaisé. Devant des responsables religieux, il exhorte à l’abandon des armes et à la réconciliation nationale. Son message est clair : privilégier le dialogue et la non-violence.
Son passage marque durablement les esprits. À Yopougon, un complexe sportif porte son nom, symbole d’un engagement en faveur de la jeunesse et du vivre-ensemble. L’infrastructure, rénovée avec l’appui de la FIFA, accueille compétitions et événements communautaires.
À Krindjabo, localité du Sud-Comoé, il est également honoré, renforçant les liens symboliques entre l’Afrique de l’Ouest et la communauté afro-américaine. Cette reconnaissance locale témoigne de l’écho particulier qu’a trouvé son combat sur le continent africain.

Un héritage politique et moral
Père de cinq enfants avec son épouse Jacqueline, Jesse Jackson laisse l’image d’un homme de convictions, parfois controversé, mais toujours engagé. Son fils, Jesse Jackson Jr., s’est lui aussi lancé en politique sous la bannière démocrate.
Trop progressiste pour accéder à la présidence, selon certains observateurs, il n’en demeure pas moins une figure centrale de la vie politique américaine contemporaine. Orateur talentueux, stratège militant et médiateur international, il aura incarné une génération de leaders façonnés par le combat pour les droits civiques.
De Greenville à Abidjan, sa voix aura porté un même message : celui de l’égalité, de la justice et du dialogue.