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« Notre ambition est d’accompagner la Côte d’Ivoire vers une agriculture plus productive », Jeroen Kelderhuis, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en Côte d’Ivoire

« Notre ambition est d’accompagner la Côte d’Ivoire vers une agriculture plus productive », affirme S.E.M. Jeroen Kelderhuis, Ambassadeur du

« Notre ambition est d’accompagner la Côte d’Ivoire vers une agriculture plus productive », affirme S.E.M. Jeroen Kelderhuis, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en Côte d’Ivoire, lors d’un entretien qu’il nous a accordé. Lors de nos échanges, il est revenu sur les priorités de la coopération néerlandaise : innovation technologique, renforcement des capacités des producteurs et soutien aux chaînes de valeur pour améliorer la productivité et la résilience face aux défis climatiques et économiques. Il a saisi l’occasion pour présenter l’île de Curaçao, pays constitutif du Royaume des Pays-Bas et profiter de la Coupe du monde de football 2026, pour créer des liens économiques et culturels entre les deux pays.

  • Pouvez-vous nous décrire l’évolution des relations diplomatiques entre le Royaume des Pays-Bas et la Côte d’Ivoire au cours de ces 10 dernières années ?

Au cours des dix dernières années, les relations entre le Royaume des Pays-Bas et la Côte d’Ivoire se sont intensifiées et diversifiées.

Nous sommes passés d’une relation principalement axée sur le commerce à un partenariat stratégique couvrant l’agriculture, les infrastructures, le développement économique, la résilience climatique, la sécurité et la stabilité. Nous sommes également un contributeur majeur dans le cadre de la coopération multilatérale, à la fois comme Etat membre de l’Union Européenne, mais aussi à travers les institutions de développement multilatérales comme la Banque Mondiale, la Banque Européenne pour La Reconstruction et le Développement (BERD) et la Banque Africaine de Développement (BAD).

La présence des entreprises néerlandaises s’est renforcée, tout comme celle des institutions financières telles que la Banque publique néerlandaise d’investissement (Invest International), et bientôt la Banque Néerlandaise de Développement Entrepreneurial (FMO) qui ouvrira son bureau Afrique Francophone à Abidjan en fin d’année 2026.

Le Royaume des Pays-Bas a eu l’insigne privilège d’être désigné pays à l’honneur lors de la sixième édition du Salon international de l’Agriculture et des Ressources Animales (SARA) en 2023, et l’année dernière encore une très forte délégation d’entreprises et d’organisations néerlandaises a participé au SARA 2025.

Les missions d’échanges entre nos deux pays se sont également intensifiées. Je peux citer, par exemple, la mission conjointe du Ministère des Ressources Animales et Halieutiques et du Ministère d’État, Ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Production Vivrière aux Pays-Bas en avril 2025.

De même, depuis le début de l’année 2026, nous avons reçu environ huit délégations de hauts niveaux de différentes institutions et du secteur privé néerlandais intéressées par des investissements en Côte d’Ivoire.  En Février 2026, la CEO de la Banque Publique d’Investissement Invest International était en Côte d’Ivoire et a été reçu en audience par Monsieur le Premier Ministre de la République de Côte d’Ivoire. 

Par exemple, en avril 2026, nous avons reçu une forte délégation de 19 organisations et entreprises néerlandaises du secteur semencier, horticole et de la pomme de terre. Juste après, nous avons reçu une délégation du Port d’Amsterdam qui entend renforcer son partenariat avec les ports d’Abidjan et de San-Pedro.

Dans ce mois de Juin 2026, nous avons reçu une forte délégation de la banque néerlandaise d’investissement (FMO) conduite par son PDG et ses directeurs pour la région Afrique. FMO a déjà investi plus de 200.000.000 d’EURO dans des projets d’infrastructures en Côte d’ivoire.  Ces investissements vont s’augmenter rapidement avec l’ouverture prochaine de leur bureau Afrique Francophone à Abidjan.

Ces exemples témoignent du dynamisme de la coopération entre le Royaume des Pays-Bas et la République de Côte d’ivoire.  Et nous comptons aller plus loin ensemble à travers le lancement de notre stratégie multi-annuel de coopération 2026-2029 axée sur le plan national de développement de la Côte d’ivoire.

  • Quels sont les principaux axes de coopération bilatérale entre nos deux pays et comment l’agriculture s’inscrit-elle dans cette stratégie ?

Notre coopération bilatérale repose sur trois grands axes : le renforcement des relations politiques et multilatérales ; le développement économique durable et la promotion des échanges et investissements ; la sécurité et la stabilité, y compris la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. L’agriculture est au cœur de cette stratégie.

Elle relie nos intérêts économiques (cacao, cajou, horticulture, semences, intrants durables) aux priorités ivoiriennes en matière de sécurité alimentaire, d’industrialisation et d’emploi des jeunes telles qu’exprimés dans les différentes stratégies sectorielles et le Plan National de Développement 2026-2030. À travers des programmes comme HortiNord, Orange CocoaPro qui visent à pleinement exploiter tout le potentiel de la cabosse y compris les fèves, le mucilage et la coque.

En ce qui concerne le cacao spécifiquement, nous entendons continuer d’appuyer le pays sur les segments de la transformation de la fève à petite échelle – au niveau des coopératives– et la valorisation des sous-produits et des déchets dans le cadre de l’économie circulaire (à travers le programme de recherche et développement sur la circularité dans le secteur du cacao).

En outre, notre appui vise le développement de la filière semencière ou encore l’aviculture circulaire avec pour objectif de contribuer à la mise en place de chaînes de valeur plus productives, plus résilientes et plus inclusives, en particulier dans le nord du pays.

  • Le Royaume des Pays-Bas a une expertise reconnue en agriculture durable ; comment cela se traduit-il dans votre soutien à la Côte d’Ivoire ?

Les Pays-Bas sont un petit pays d’environ 18 millions d’habitants, pour une superficie de 41 543 km². C’est environ 9 fois plus petit que la Côte d’Ivoire et 230 fois plus petit que les États-Unis d’Amérique. Pourtant, nous sommes classés troisième exportateur mondial de produits agricoles, derrière le Brésil et les États-Unis. Cette performance exceptionnelle s’est construite grâce à l’innovation, l’efficacité et la résilience de notre système agricole.

Notre ambition est d’accompagner la Côte d’Ivoire vers une agriculture plus productive, mais aussi plus respectueuse des sols, de l’eau, de la biodiversité et du climat. Nous adoptons une approche systémique, en intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Concrètement :

  • Nous avons mis en place, en partenariat avec le District Autonome de Yamoussoukro, un centre de formation et de démonstration horticole, le Centre d’excellence ivoiro-néerlandais MOYÉ à Toumbokro ;
  • Nous soutenons la diffusion de pratiques agroécologiques et d’agroforesterie dans la filière cacao ;
  • Nous appuyons des solutions circulaires pour valoriser les déchets agricoles (compost, mouches soldats noires, champignons, etc.) ;
  • Nous promouvons les intrants durables à travers un biokit de fournisseurs néerlandais en engrais et produits biologiques, ainsi qu’une étude financée par le ministère des Affaires étrangères sur l’amélioration de l’accessibilité à un compost de qualité pour les producteurs de cacao ;
  • Nous accompagnons également la transformation locale, notamment à travers le soutien à une coopérative de Sassandra dans la mise en place d’une unité de transformation de fèves pour la production de beurre et de masse de cacao.
  • Nous formons et finançons les jeunes entrepreneurs des secteurs cacao, horticulture et économie circulaire à travers le programme Orange Corners.
  • En partenariat avec le PNUD et Nitidæ, nous menons des actions en faveur de la promotion et de la conservation de la biodiversité, notamment en contribuant à l’atteinte de l’objectif 30×30 du Cadre mondial de la biodiversité, qui demande qu’à l’horizon 2030, les pays signataires, dont la Côte d’Ivoire, consacrent 30 % de leur territoire terrestre et aquatique à des aires protégées ou à des mesures de conservation efficaces.
  • Quels programmes spécifiques les Pays-Bas financent-ils actuellement pour moderniser et mécaniser l’agriculture ivoirienne ?

Notre approche est fondée sur une coopération gagnant-gagnant, débouchant sur des partenariats commerciaux équitables. Un programme de financement a ainsi été spécialement conçu pour des pays comme la Côte d’Ivoire, alliant aide au développement et promotion du commerce. À ce titre, les programmes Combi-Track HORTINORD et ORANGE COCOA Pro contribuent directement ou indirectement à la modernisation et à la mécanisation de l’agriculture ivoirienne.

À travers le Centre MOYÉ, nous soutenons la formation à l’utilisation d’équipements modernes d’irrigation ainsi qu’aux techniques de restauration des sols. L’appui à la transformation du cacao, que j’ai mentionné plus haut, permettra à terme de disposer d’un projet pilote dont la mise à l’échelle offrira aux entrepreneurs et aux coopératives un meilleur accès à la machinerie de transformation et au marché européen via les Pays-Bas.

Enfin, via Invest International (il existe un accord de financement d’une valeur de de 300 millions d’euros) et d’autres instruments, nous appuyons des projets d’infrastructures dans les secteurs portuaire, logistique, et de l’eau ; qui sont indispensables à une agriculture mécanisée et compétitive. La banque néerlandaise d’investissement (FMO), avec un portefeuille de plus de 200 millions d’euros finance des projets d’investissement dans les secteurs agricoles comme le cacao ou le cajou mais également dans le secteur des énergies renouvelables.

  • Comment les Pays-Bas collaborent-ils avec le gouvernement ivoirien et les acteurs locaux (agro-entrepreneurs, entreprises) pour former les agriculteurs à l’utilisation des équipements modernes ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec les ministères ivoiriens de l’Agriculture, des Ressources animales, de l’Environnement et de la Jeunesse, ainsi qu’avec des institutions comme ANADER, des universités et des centres de formation. Le centre MOYÉ est un bon exemple de co-construction : il associe partenaires ivoiriens, entreprises néerlandaises et organisations internationales comme l’IFAD.

Avec nos partenaires, nous organisons :

  • des formations pratiques sur l’utilisation et la maintenance des équipements ;
  • des démonstrations en conditions réelles sur des parcelles et des fermes pilotes ;
  • des programmes d’incubation pour jeunes agro-entrepreneurs ;
  • des ateliers sectoriels avec les coopératives, les transformateurs et les fournisseurs de services.

L’objectif est que les agriculteurs ne soient pas seulement des utilisateurs, mais des acteurs capables de choisir, gérer et entretenir leurs équipements.

  • Quels engagements les Pays-Bas prévoient-ils pour renforcer le système de mécanisation agricole en Côte d’Ivoire, notamment en termes de financements ou de partenariats ?

Pour les années à venir, nous souhaitons :

  • consolider et étendre le modèle MOYÉ comme hub régional de formation et d’innovation ;
  • renforcer les partenariats financiers avec Invest International, la FMO, Rabobank, DGGF, la Banque africaine de développement et d’autres pour soutenir des projets de mécanisation et de transformation agro-industrielle ;
  • intégrer davantage la mécanisation dans nos programmes sur le cacao, le cajou, l’horticulture. Nos engagements futurs viseront à combiner comme d’habitude l’expertise technique et renforcement des capacités locales, en alignement avec le Plan national de développement ivoirien.
  • Selon vous, quel impact ces initiatives ont-elles déjà eu sur la productivité agricole ivoirienne, et quelles perspectives pour les années à venir ?

Nous observons déjà des impacts positifs, même si nous restons prudents et réalistes. Nous avons encore besoin d’études d’impact pour confirmer nos constats.

Dans le programme d’incubation Orange Corners, par exemple, plusieurs entrepreneurs agricoles deviennent aujourd’hui de véritables modèles de résilience et de réussite suite à leur participation au programme. Nous avons bon espoir que ces jeunes deviendront les bâtisseurs de l’économie ivoirienne du futur.

  • Quelle politique mettez-vous en place pour soutenir la jeunesse pour une meilleure diplomatie publique ?

La jeunesse occupe une place centrale dans le cadre de la mise en œuvre de notre stratégie multi-annuelle. En plus des programmes Orange Corners et du Centre Moye qui ont un impact concret sur la vie des jeunes entrepreneurs en Cote d’ivoire, nous avons mis en œuvre un certain nombre d’intervention qui permet de renforcer le leadership des jeunes au niveau communautaire, renforcer l’engagement civique des jeunes et la participation politique.

Dans le cadre de cet engagement, l’Ambassade a accepté la sollicitation de la jeunesse communale de Yopougon qui a exprimé le besoin d’avoir les Pays-Bas comme le pays invité d’honneur à l’occasion du Forum international de la jeunesse qui se déroulera du 25 au 27 juin à Yopougon. Dans ce cadre, l’ambassade accompagne les jeunes de Yopougon à travers une série d’activités dont des formations, des conférences, la participation aux panels et une soirée culturelle.

Avec le PNUD, nous avons mis en œuvre un programme de formation civique et d’accompagnement de la participation des jeunes en politique en 2025. Ce programme a soutenu des initiatives de jeunes qui ont conduit des dialogues et des sensibilisations de leurs pairs à la non-violence au cours des processus électoraux. Certains de ces jeunes étaient même candidats au cours des élections législatives de Décembre 2025. Nous comptons continuer cette belle initiative en collaboration avec le Ministère de la jeunesse et nos partenaires pour les années à venir.

  • Curaçao, pays constitutif du Royaume des Pays-Bas va affronter la Côte d’Ivoire le 25 juin 2026, lors d’un match comptant pour la Coupe du monde de football. Est-ce à dire que le sport fait désormais partie de votre politique de rapprochement des peuples ?

Evidemment, le sport est un facteur important de rapprochement des peuples. Nous voulons saisir l’opportunité du tout premier match de football entre les équipes nationales masculines de Curaçao et de la Côte d’Ivoire pour renforcer davantage les liens entre nos peuples.

Pour ce faire, dans le cadre du forum international de la jeunesse de Yopougon, nous allons organiser une soirée culturelle couplée à la diffusion du match de football Curacao vs Côte d’Ivoire le jeudi 25 juin 2026.

Par ailleurs, plusieurs échanges sont en cours pour des initiatives d’échanges culturels entre Curaçao et la Côte d’Ivoire au-delà de l’événement sportif, sur la base des liens historiques et culturels.

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