La Côte d’Ivoire transforme désormais environ 750 000 tonnes de noix de cajou par an, contre 600 000 tonnes exportées à l’état brut, selon les chiffres présentés par le Conseil du Coton et de l’Anacarde lors du 15ᵉ VINACAS Golden Cashew Rendezvous, organisé du 26 au 28 octobre 2026 à Hanoï, au Vietnam. Cette évolution marque une étape importante pour le premier producteur mondial d’anacarde, qui entend accroître la valeur ajoutée créée sur son territoire et améliorer durablement les revenus des producteurs.
La filière ivoirienne de l’anacarde amorce un tournant majeur. Pour la première fois, les volumes de noix de cajou transformés localement dépassent ceux exportés à l’état brut. Cette évolution a été annoncée par Issa Konaté, directeur général adjoint du Conseil du Coton et de l’Anacarde, à l’occasion du rendez-vous international organisé dans la capitale vietnamienne.
Malgré une baisse de la récolte liée à des facteurs climatiques, la production ivoirienne s’établit à 1,3 million de tonnes en 2026, selon les données communiquées lors de l’événement. Le pays conserve ainsi sa place de premier producteur mondial d’anacarde.

Le franchissement du seuil des 750 000 tonnes transformées localement traduit la progression des capacités industrielles nationales. Il témoigne également de la volonté des autorités de réduire la dépendance aux exportations de matières premières et de capter une part plus importante de la valeur créée par la filière.
Organisée autour du thème : « From Raw Materials to Added Value : Connecting the Value Chain and Sharing the Future of the Cashew Supply Chain », la 15ᵉ édition du VINACAS Golden Cashew Rendezvous a réuni les acteurs internationaux de la filière. Elle a permis à la Côte d’Ivoire de présenter les avancées de sa stratégie de transformation.
L’enjeu est économique et social. Selon les données communiquées par la délégation ivoirienne, l’agriculture représente entre 20 et 25 % du produit intérieur brut national. La filière anacarde pèserait, à elle seule, entre 7 et 9 % de cette richesse et ferait vivre près de 500 000 foyers.
La transformation locale permet de développer des activités industrielles, de créer des emplois et de diversifier les sources de revenus autour de la noix de cajou. Elle peut également renforcer les débouchés pour les entreprises ivoiriennes, notamment dans les domaines de l’emballage, du transport et de la commercialisation des amandes.
Pour les producteurs, l’objectif reste de bénéficier d’un marché plus structuré et de prix rémunérateurs. « L’ambition n’est pas d’arrêter les exportations vers le Vietnam, mais de garantir des prix équitables aux agriculteurs et d’accroître la valeur ajoutée sur place », a précisé Issa Konaté.
Pour accompagner cette évolution, l’État ivoirien a mis en place des mesures d’appui aux unités de transformation. Les dispositifs présentés prévoient des subventions de 100 dollars par tonne métrique pour les transformateurs locaux et de 50 dollars pour les transformateurs internationaux.
Des mesures d’exonération fiscale sur certains équipements sont également envisagées à l’horizon 2027-2028. Parallèlement, un comité examine les projets de nouvelles usines afin de veiller à la cohérence des capacités industrielles avec les volumes disponibles et les débouchés commerciaux.

Cette régulation vise notamment à éviter une multiplication déséquilibrée des unités de transformation et les risques de surcapacité. L’objectif est de consolider les investissements tout en maintenant les possibilités d’exportation.
Le Vietnam demeure un partenaire commercial majeur de la Côte d’Ivoire pour les noix brutes et les amandes de cajou. L’Union européenne figure également parmi les marchés importants de la filière. La progression de la transformation locale ne signifie donc pas l’abandon des échanges internationaux, mais une volonté de mieux répartir la valeur entre production, industrie et commerce.
La prochaine étape consiste à valoriser davantage l’ensemble de la noix de cajou. Les acteurs de la filière envisagent notamment le recours à des technologies avancées, dont l’intelligence artificielle, pour améliorer certains processus de production et de transformation.
La valorisation des sous-produits constitue un autre axe de développement. Le liquide de coque de noix de cajou, connu sous le sigle anglais CNSL, la pomme de cajou et le biochar présentent des possibilités d’utilisation industrielle ou agricole. Leur exploitation pourrait contribuer à diversifier les revenus de la filière et à réduire les pertes.
L’ambition affichée à l’horizon 2030 est de consolider la prospérité des producteurs et de faire de la Côte d’Ivoire un acteur industriel plus important sur le marché mondial de l’anacarde. Dans cette perspective, une foire consacrée aux équipements de transformation est annoncée à Abidjan du 26 au 28 novembre 2026. Elle doit réunir producteurs, industriels et représentants des pouvoirs publics autour des solutions techniques et des investissements nécessaires à la poursuite de cette évolution.
Le défi sera désormais de transformer ce cap historique en retombées durables : davantage d’emplois industriels, une meilleure valorisation de la production nationale et des revenus plus stables pour les producteurs ivoiriens.
Yoann APIA