La Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO) a organisé, le mardi 15 septembre 2026, une table ronde consacrée aux enjeux et défis liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme en Côte d’Ivoire. Tenue à Abidjan Cocody , la rencontre a réuni des journalistes d’investigation, des acteurs de la société civile et des représentants des institutions concernées.
Les échanges ont porté sur les mécanismes du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme, ainsi que sur les vulnérabilités auxquelles le pays reste exposé. Parmi les secteurs jugés sensibles figurent notamment les mines, le pétrole, l’immobilier, la monnaie électronique et les zones frontalières. Les participants ont insisté sur la nécessité d’aller au delà de l’adoption de textes et d’évaluer leur efficacité sur le terrain.
La Côte d’Ivoire, inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), doit ainsi poursuivre ses efforts pour renforcer son dispositif face aux flux financiers illicites. Cette inscription ne constitue pas une sanction, mais traduit l’existence de lacunes stratégiques nécessitant des mesures correctives et surtout des résultats concrets.
Au delà du cadre institutionnel, l’accès à l’information s’est imposé comme un enjeu majeur pour le journalisme d’investigation. Noël Konan, journaliste d’investigation, a relevé deux principales difficultés : « la maîtrise des mécanismes financiers et l’accès limité aux données ». Dans un secteur marqué par la confidentialité, obtenir des informations auprès des entreprises, établissements financiers ou administrations demeure souvent complexe pour les professionnels des médias.
Cette problématique s’étend également aux documents publics. Jean-Antoine Doudou, président du Réseau des journalistes pour l’accès à l’information en Côte d’Ivoire (REJAIPCI), a appelé à une meilleure application des textes garantissant cet accès. Pour lui, l’existence des lois ne suffit pas si leur mise en œuvre demeure difficile. Il résume l’enjeu ainsi : « La désinformation se crée quand il y a quelque chose à protéger. »
Même constat du côté de la société civile. Le Dr Kouamé Christophe a particulièrement attiré l’attention sur les secteurs des mines et du pétrole, où les risques peuvent être liés à la corruption et à l’opacité decertains contrats. Il invite les journalistes à mieux connaître le cadre juridique et les institutions détentrices de l’information afin d’anticiper les difficultés et de renforcer leurs investigations.
Les participants ont également plaidé pour la mise en place d’un cadre permanent d’échange, afin de faciliter les investigations sur les flux financiers et de faire du journalisme d’investigation un véritable levier de transparence, de redevabilité et d’action citoyenne.
À travers cette table ronde, la CENOZO souhaite favoriser une collaboration plus efficace entre les différents acteurs concernés. Le partage d’informations dans le respect de la loi, le renforcement des compétences des journalistes et un meilleur suivi institutionnel des enquêtes figurent parmi les pistes avancées.
Fernandez Koffi