Le Mouvement Femmes et Parole (MFP), en collaboration avec l’Agence X et le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, a organisé une conférence de presse le mercredi 11 mars 2026 au cabinet du ministère, à Abidjan-Plateau. Cette rencontre visait à apporter des éclaircissements sur la campagne de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines (MGF), marquée notamment par l’initiative du « van d’excision », qui avait suscité une vive émotion et une indignation au sein de l’opinion publique.
Selon Fanta Koïta, Strategy Officer à L’Agence X et chef de projet, cette campagne a été lancée le 6 février 2026, d’abord sur le digital avant d’être déployée sous forme de campagne mobile. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux a rapidement fait le buzz, atteignant un billion de vues, et suscitant des réactions contrastées : certaines personnes ont condamné fermement les MGF tandis que d’autres ont exprimé leur incompréhension face à la lutte engagée contre cette pratique.

Face à ces réactions, les organisateurs ont décidé de passer à l’étape suivante avec une caravane mobile, visible dans plusieurs espaces publics, portant l’inscription « Centre mobile d’excision ». Ce dispositif a provoqué indignation, colère et demandes d’information de la part du public. Derrière la caravane, des bénévoles fournis par le Programme national de lutte contre les violences basées sur le genre (PNL-VBG) ont distribué des flyers expliquant les différents types de MGF et fournissant des contacts pour signaler ou dénoncer ces pratiques.
Pour Raïssa Kouamé, membre du MFP, la campagne vise à créer un « miroir social » et à briser le tabou autour des MGF. « Beaucoup pensent que cette pratique appartient au passé, mais elle existe encore, y compris en milieu urbain », a-t-elle expliqué. La caravane a permis de sensibiliser 333 personnes directement, avec des réactions variées allant de la colère à la confusion, mais aussi au soutien. Certaines personnes ont même pris contact pour demander des rendez-vous liés à l’excision, preuve que la pratique reste une réalité et qu’il est urgent de poursuivre les efforts de sensibilisation.
Prévue pour durer 10 jours, la caravane a finalement été interrompue après 5 jours, après avoir parcouru les communes du Plateau, Cocody, Adjamé, Koumassi et Port-Bouët, en raison de l’indignation suscitée par le dispositif.

Pour le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, représenté par Dr Kouame Gislaine, directrice coordonnatrice du PNL-VBG, la lutte contre les MGF constitue une priorité nationale. Elle a rappelé que ces pratiques sont une violation grave des droits humains, une atteinte à la dignité, à l’intégrité physique et à la santé des femmes et des filles.
Dr Gislaine a également souligné que la campagne a révélé l’évolution des mentalités : « La société ivoirienne refuse aujourd’hui de fermer les yeux sur les mutilations génitales féminines. L’indignation que nous avons observée montre que la protection des filles et des femmes devient une préoccupation partagée. »
Elle a invité le public à utiliser le numéro vert 1308, gratuit, pour signaler tout cas de violences basées sur le genre et mobiliser les mécanismes de protection. « Protéger nos filles est une responsabilité collective », a-t-elle insisté.
Le ministère, à travers le PNL-VBG, reste pleinement engagé dans la prévention, l’accompagnement des survivantes et l’application stricte des lois, avec pour objectif de bâtir une Côte d’Ivoire où aucune fille ne sera plus jamais victime de mutilations génitales féminines.
Jordy Goué