Médecin pédiatre et cardiologue, le Professeur Azagoh-Kouadio Richard est le Chef du service de Pédiatrie médicale et spécialités du Centre Hospitalier Universitaire d’Angré depuis octobre 2025.
Praticien hospitalier depuis 2004, il a enrichi son expertise à travers plusieurs stages de perfectionnement dans des établissements hospitaliers de référence en France, notamment à l’Hôpital Necker-Enfants malades à Paris et à l’Hôpital de la Timone à Marseille.
Son parcours universitaire l’a conduit des fonctions d’Assistant chef de clinique en 2013 au grade de Professeur titulaire des universités en 2025, à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Il est également titulaire d’un Master 2 en Management sanitaire et Gouvernance hospitalière.
Aujourd’hui, à la tête du service de Pédiatrie médicale et spécialités, il contribue à la prise en charge des enfants, à la formation des professionnels de santé et au développement de la pédiatrie.
Son engagement : mettre son expertise au service de la santé et du bien-être des enfants.
« Mieux vaut prévenir que guérir. » Un adage populaire auquel le Pr Azagoh accorde une importance particulière. Son ambition est claire : diagnostiquer plus tôt, intervenir plus rapidement et donner à chaque nouveau-né les meilleures chances de survie et de développement.
Pour lui, les consultations pédiatriques régulières ne doivent pas se limiter aux épisodes de maladie. Elles s’inscrivent dans une démarche préventive et continue, qui permet de préserver la santé de l’enfant, de suivre sa croissance et son développement, mais aussi de détecter précocement d’éventuelles anomalies.

01. En matière de prévention, quel rôle les consultations prénatales, la vaccination, le suivi de la croissance et les consultations pédiatriques régulières jouent-ils dans la santé de l’enfant ?
Le rôle joué par les consultations prénatales (CPN) est fondamental car elles permettent de prévenir, de dépister et de prendre en charge les problèmes pouvant affecter la croissance et le développement de l’enfant depuis la grossesse jusqu’à la naissance. Quant à la vaccination, c’est une des plus importantes activités préventives de la pédiatrie. Elle est une méthode de prévention de certaines infections bactériennes, virales ayant pour but d’induire une immunité active par introduction dans l’organisme de préparations nommées vaccins. Les agents de santé devraient sensibiliser les mères sur les avantages de la vaccination pour éviter le refus de faire vacciner leurs enfants. Le suivi de la croissance de l’enfant joue un rôle essentiel dans la promotion de la santé infantile. Il permet d’évaluer l’état nutritionnel, de dépister précocement les maladies et les troubles de croissance afin d’intervenir rapidement pour favoriser son développement harmonieux physique, psychomoteur et cognitif. Les consultations pédiatriques régulièresne doivent pas être limitées aux épisodes de maladies. Elles constituent une démarche préventive et continue qui vise à préserver la santé de l’enfant, à favoriser son développement et à détecter précocement toute anomalie.
02. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels votre équipe est confrontée dans la prise en charge des enfants et des nouveau-nés ? Quelles améliorations souhaiteriez-vous voir apportées au service ?
Aujourd’hui les principaux défis auxquels notre équipe est confrontée dans la prise en charge des enfants et des nouveau-nés sont les ruptures périodiques des dérivés sanguins pour les transfusions sanguines, la morbi-mortalité liée au paludisme grave avec un taux de létalité de 13,2% (importance de la prévention et de la reconnaissance rapide de signes de gravité), le diagnostic échocardiographique des malformations cardiaques de l’enfant, les infections associées aux soins (à prévenir). Les améliorations que nous souhaitons voir apportées au service restent : Amélioration du Triage et la reconnaissance des signes de gravité aux urgences portes pédiatriques, Garantir la disponibilité des produits sanguins nécessaires, Analyser systématiquement les décès évitables ; Organisation des audits de soins et de prescription associant les pédiatres, biologistes et pharmaciens ; Formation des équipes à la prescription raisonnée des antibiotiques, Pratique du grand lavage et de la désinfection des unités de pédiatrie, Poursuivre la promotion des soins de la méthode Mère Kangourou pour les nouveau-nés éligibles
03. Vous avez choisi de vous spécialiser à la fois en pédiatrie et en cardiologie pédiatrique. Qu’est-ce qui a motivé ce choix et comment cette double expertise contribue-t-elle à la prise en charge des enfants au CHU d’Angré ?
Ce choix à la fois de la pédiatrie et in fine de la cardiologie pédiatrique relève de notre passion pour la prise en charge des enfants dans leur globalité, tout en développant une expertise approfondie des maladies cardiovasculaires de l’enfant. Pour moi cette double compétence ne représente pas seulement une ambition de carrière, mais un engagement scientifique, humain et professionnel au service de l’enfant.
Au CHU d’Angré cette double expertise contribue à prendre en charge les pathologies infantiles et spécifiquement toutes les cardiopathies de l’enfant et la réalisation des actes médico-techniques diagnostiques ou thérapeutiques à visée cardiaque.

04. Quelles sont les pathologies cardiaques congénitales ou acquises les plus fréquemment rencontrées chez les enfants que vous recevez ? Quels signes doivent alerter les parents et conduire à une consultation ?
Au CHU d’Angré, nous rencontrons fréquemment les cardiopathies congénitales, mais aussi, dans une moindre mesure, les cardiopathies acquises. Parmi les cardiopathies congénitales, nous avons dans le groupe des shunts gauche-droit la communication interventriculaire (CIV) (31%), la communication inter auriculaire (CIA) (20%) et le canal atrio-ventriculaire (CAV) (12%) représentant près des deux tiers des cas. Lorsqu’il s’agit d’un shunt droit-gauche la tétralogie de Fallot et le tronc artériel commun.
Concernant les cardiopathies par obstacle, 86% des causes sont constituées par la sténose pulmonaire, le myxome de l’oreillette gauche et le cœur tria-trial.
Les cardiopathies complexes (1,8%) que nous avons identifiées dans les travaux sont le ventricule unique, le ventricule droit à double issu et le syndrome de Kartagener. Ce syndrome est une affection génétique rare à transmission autosomique récessive liées à une anomalie structurelle et fonctionnelle des cils vibratiles.
Les principales causes de cardiopathies acquises sont l‘insuffisance mitrale rhumatismale (41%) le plus souvent secondaire à une angine streptococcique mal traitée pouvant se compliquée d’un phlegmon péri-amygdalien, la péricardite tuberculeuse, la cardiomyopathie dilatée et l’hypertension artérielle secondaire. En présence d’une péricardite tuberculeuse, il faut rechercher une infection VIH associée dans 88% des cas.
05. Certaines malformations cardiaques peuvent nécessiter une prise en charge dès les premières heures de vie. Comment s’organise la collaboration entre l’équipe de néonatologie et les spécialistes en cardiologie pédiatrique pour détecter ces anomalies et orienter les nouveau-nés vers les soins appropriés ?
Au CHU d’Angré, nous considérons que la détection précoce des malformations cardiaques congénitales constitue un enjeu majeur de la prise en charge néonatale.
Notre approche repose sur une collaboration étroite entre les équipes de néonatologie et les spécialistes en cardiologie pédiatrique. Dès la naissance, nous accordons une attention particulière à l’examen cardiovasculaire du nouveau-né, à la recherche de signes d’alerte tels que la cyanose, les difficultés respiratoires, les souffles cardiaques ou les troubles de la perfusion périphérique.
Lorsqu’une anomalie est suspectée, l’avis cardiopédiatrique et l’échocardiographie Doppler permettent de confirmer le diagnostic et de déterminer la conduite thérapeutique.
Notre priorité est de ne perdre aucune heure précieuse devant une cardiopathie critique. Certains nouveau-nés nécessitent en effet une stabilisation immédiate et une orientation vers un centre disposant des compétences et du plateau technique nécessaires.
Nous devons également investir dans la formation continue de nos équipes, le renforcement des équipements diagnostiques et la formalisation des circuits de référence.

06. En dehors des cardiopathies pédiatriques, quelles sont les urgences pédiatriques les plus fréquentes que vous recevez et quels dispositifs votre équipe met-elle en œuvre pour assurer une prise en charge rapide et adaptée des jeunes patients ?
Les urgences pédiatriques sont dominées par le paludisme grave (51%) suivi des infections respiratoires aigües basses (18,94%) que sont la bronchite, la bronchiolite, la bronchioalvéolite (9,5 %), la pneumonie (7,9%) et les sepsis (6,3 %). Surtout chez les enfants âgés de 1 mois à 5 ans (77 %). L’anémie fébrile est le principal motif de référence (48 %).
Les dispositifs mis en œuvre pour assurer une prise en charge rapide et adaptée des jeunes patients sont l’utilisation du matériel, des équipements et des médicaments adaptés (artésunate injectable, antibiotiques, oxygénothérapie, produits sanguins, antipyrétiques etc…). Ces patients reçus en urgences sont classés et pris en charge selon le degré d’urgence avec un système de triage.
07. La période néonatale est particulièrement vulnérable dans la vie d’un enfant. Quelles sont les principales causes d’admission des nouveau-nés dans votre service, notamment la prématurité, la détresse respiratoire et les infections néonatales ?
Les principales causes d’admission des nouveau-nés dans notre service sont essentiellement les infections materno-fœtales bactériennes, l’encéphalopathie anoxo-ischémique, la prématurité variable selon le degré de maturité, la détresse respiratoire transitoire, l’ictère néonatale et bien d’autre telles que les malformations dominées par les cardiopathies congénitales.

08. L’asphyxie périnatale constitue une cause importante de complications graves chez le nouveau-né. Quels efforts sont déployés pour renforcer les compétences du personnel en réanimation néonatale et améliorer la prise en charge des bébés en difficulté dès la naissance ?
La lutte contre l’asphyxie périnatale constitue un enjeu majeur de santé publique et de qualité des soins néonatals. Au CHU d’Angré, l’amélioration du pronostic des nouveau-nés en difficulté dès la naissance repose sur deux (2) piliers essentiels : le renforcement continu des compétences des équipes soignantes (formation en réanimation néonatale avec des simulations, formation pratique selon les recommandations du programme Helping Babies Breathe (HBB), formation à l’évaluation du nouveau-né à la naissance (Score de vitalité APGAR) ) et l’organisation d’une prise en charge rapide, coordonnée et conforme aux recommandations internationales. Ici, nous insistons sur une communication efficace entre les équipes obstétricales et pédiatriques. Par ailleurs, la qualité de la réanimation dépend de la disponibilité immédiate d’un équipement adapté (tables de réanimation, ballons auto remplisseurs et masques adaptés aux différentes tailles de nouveau-né, ventilation à pression positive (VNI), source d’oxygène, aspirateurs, saturomètres, moniteurs cardiorespiratoires, etc …)
09. Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux parents afin de les sensibiliser aux bons réflexes à adopter et aux signes de danger qui nécessitent une consultation médicale urgente ?
Mon message adressé aux parents afin de les sensibiliser aux bons réflexes devant tous les signes de danger est de consulter les structures sanitaires le plutôt possible en cas de symptômes inhabituels du nouveau-né et de l’enfant pour la prise en charge. Les parents doivent éviter l’automédication car elle peut entrainer de conséquences néfastes pour la santé des enfants.
Un dicton stipule que « Prévenir vaut mieux que guérir ». Donc je souhaite que ces parents adoptent une culture de la médecine préventive en consultant les pédiatres avant que les enfants ne soient même malades. Il leurs sera bénéfique d’adhérer au programme de la couverture maladie universelle (CMU-CNAM) pour une meilleure accessibilité aux soins médicaux et aux explorations paracliniques.