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Les dirigeants africains encouragés à faire émerger leurs champions locaux

L’homme d’affaire Ivoirien Hassan Dakhlallah, a, dans une tribune parue dans The European Business Review, invité les dirigeants africains à

L’homme d’affaire Ivoirien Hassan Dakhlallah, a, dans une tribune parue dans The European Business Review, invité les dirigeants africains à faire émerger leurs champions locaux. Selon le fondateur de Porteo Group, le continent ne se jugera plus au volume des capitaux reçus, mais à la valeur qu’il saura retenir chez lui.

Si pendant des décennies, la relation euro-africaine a obéi à une logique où l’un accompagnait le développement de l’autre en échange d’un accès à ses ressources, aujourd’hui, cela est considéré comme un paradigme. Sous l’effet de la poussée démographique, de la transition énergétique et de la recomposition des chaînes de valeur mondiales, le continent, selon lui, « commence à les orienter », ces transformations qu’il se contentait hier de subir.

L’argument n’est pas aléatoire : il est chiffré. Selon la Cnuced, l’Afrique a capté près de 97 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2024, l’Union européenne concentrant à elle seule près de 40 % du stock d’IDE sur le continent. Pour Dakhlallah, ces flux prouvent que l’Afrique ne représente pas « le marché de demain » mais répond, dès aujourd’hui, à des besoins européens concrets : sécuriser les approvisionnements, diversifier les partenaires, rapprocher les productions.

Retenir la valeur, pas seulement la produire

C’est le cœur de son analyse, et sa plus grande force : déplacer le débat de la production vers la captation de valeur. Le vrai défi, résume-t-il, n’est plus de produire davantage, mais de « retenir davantage de valeur sur le continent ». La démonstration s’appuie sur la transition énergétique, où l’Afrique détient une part déterminante des minerais critiques — la seule République démocratique du Congo assure environ 70 % de la production mondiale de cobalt. L’enjeu, martèle l’entrepreneur, n’est plus d’extraire mais de transformer sur place.

Pour incarner cette « montée en gamme », il convoque un cas d’école continental : le Maroc, devenu premier producteur automobile d’Afrique. Le secteur y est désormais le premier poste d’exportation, avec près de 15 milliards d’euros de ventes à l’étranger — en hausse de 148 % entre 2023 et 2024 —, et Rabat vise deux millions de véhicules par an d’ici à 2030. La leçon vaut pour Abidjan comme pour Cotonou : une route, un centre de données ne valent pas pour eux-mêmes, mais pour l’économie qu’ils rendent possible.

La doctrine des champions

Là où beaucoup s’arrêtent au constat, Dakhlallah propose une doctrine. Toutes les grandes puissances, rappelle-t-il, se sont appuyées sur leurs entreprises pour rayonner : Amazon, Apple, Siemens, TotalEnergies, Huawei ou Alibaba sont autant d’instruments de soft power. À l’Afrique, donc, de faire émerger ses propres champions — capables d’investir, d’innover, d’exporter et de rivaliser à l’échelle mondiale, tout en devenant des partenaires incontournables des groupes européens.

La proposition la plus originale tient dans l’indicateur qu’il avance. Le succès du partenariat, plaide-t-il, ne se mesurera plus au nombre d’entreprises européennes installées en Afrique ni au volume des capitaux investis, mais au nombre de contrats internationaux remportés par des sociétés africaines et de groupes du continent implantés en Europe. Un renversement de perspective qui, sous la plume d’un patron africain, sonne comme un programme.

Une voix qui a gagné le droit de parler

Si l’analyse porte, c’est aussi parce que son auteur la pratique. Né dans les années 2010 à Abidjan sous le nom de NSE.CI, Porteo s’est mué en une décennie en l’un des groupes de BTP les plus structurés d’Afrique de l’Ouest et centrale. Le groupe revendique plus de 10 000 emplois, des milliers de kilomètres de routes livrés et des équipes venues de vingt-trois nationalités. Il s’étend aujourd’hui au-delà du béton — centres de données, hôtellerie, agro-industrie —, illustrant en actes la « montée en gamme » que la tribune appelle de ses vœux.

Distingué en Côte d’Ivoire pour sa contribution au développement économique, engagé à travers la Fondation Porteo dans l’action sociale et sanitaire, l’homme cultive une conviction constante : bâtir des routes ne suffit pas si l’on ne bâtit pas, dans le même mouvement, des compétences et des opportunités. Ce n’est pas un théoricien qui plaide pour la valeur ajoutée, mais un opérateur qui en a fait sa méthode.

Un plaidoyer dans l’air du temps

La tribune tombe à point nommé. Fin novembre 2025, au septième sommet Union africaine-Union européenne de Luanda, les deux blocs ont salué les avancées du paquet Global Gateway, doté de 150 milliards d’euros pour l’Afrique, tandis que les dirigeants africains réclamaient un « partenariat de résultats », en rupture avec la logique de l’aide. Lancée en 2021 pour contrer l’influence chinoise, la stratégie européenne, initialement dotée de 300 milliards d’euros dans le monde, a vu son objectif porté à 400 milliards ; l’Afrique subsaharienne en est la première bénéficiaire.

En posant, depuis Abidjan, les termes d’un partenariat entre égaux, Dakhlallah ne fait pas que commenter ce basculement : il en formule la grammaire côté africain. Son texte prolonge l’ambition d’un marché continental unique — la Zlecaf, estimée à 3 400 milliards de dollars — et d’une croissance attendue à 4,3 % en 2026, au-dessus de la moyenne mondiale selon le FMI.

Ce qui se joue maintenant

La force de la tribune tient à la trajectoire de son auteur : quand un homme qui a posé des milliers de kilomètres de routes affirme que l’avenir se jouera dans la valeur retenue, l’argument porte au-delà du cercle des experts. Reste l’épreuve des faits. Les 150 milliards promis par l’Europe se compteront bientôt en usines, en compétences et en contrats — ou resteront des intentions. Hassan Dakhlallah, lui, a déjà tranché : l’Afrique de demain se construira avec ses propres champions, ou ne se construira pas.

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