La Fondation Héritage a officiellement lancé ses activités ce mercredi 4 novembre 2026 à Abidjan, avec l’ambition de promouvoir la culture de la paix, de renforcer le dialogue et de transmettre aux nouvelles générations les valeurs nécessaires à la cohésion sociale. Portée par Anne Ouloto-Lamizana, son époux Hilaire Marcel Lamizana et leurs collaborateurs, cette initiative entend s’inscrire dans la continuité de l’œuvre de feu Félix Houphouët-Boigny, en faisant de la mémoire et de l’expérience des générations précédentes des leviers pour construire une société plus apaisée.
C’est le maire de Cocody, Jean-Marc Yacé, qui a ouvert la cérémonie qui s’est tenue au Sofitel Ivoire Abidjan. Dans son propos, il a rappelé que la paix est un engagement permanent qui nécessite la participation de tous. « La paix a besoin de se construire, de se penser, de se réinventer et de s’imposer aux consciences collectives comme la seule alternative aux chemins hasardeux et sans issue », a-t-il souligné. Pour lui, la Fondation Héritage invite chacun à devenir un artisan de paix, au-delà des considérations politiques, puisque celle-ci concerne toutes les dimensions de la vie sociale.
Cette nécessité de préserver le vivre-ensemble a également été défendue par Hamadoun Touré, ancien porte-parole de l’ONUCI de 2004 à 2012. Évoquant la diversité ivoirienne, qu’il considère comme un « don du ciel », il a regretté que certaines fractures aient pu la transformer en lignes de division. « Il faut élever le dialogue au rang de religion », a-t-il plaidé. Selon lui, la paix constitue avant tout un instrument permettant à chacun d’exercer ses activités dans la sérénité. Il a également invité les générations actuelles à enrichir l’héritage reçu de leurs devanciers, rappelant que « nous empruntons à nos pères la terre de nos enfants ».
Dans cette dynamique de transmission, le président de la Fondation Félix Houphouët-Boigny, Pr Jean-Noël Loucou, a salué une initiative dont le nom porte, « une exigence et une promesse ». Il a insisté sur la nécessité de faire vivre la mémoire au-delà de sa simple conservation. « Hériter, ce n’est pas seulement recevoir. C’est aussi prendre soin, enrichir, transmettre », a-t-il expliqué. La Fondation Félix Houphouët-Boigny entend ainsi mettre son expérience à contribution, notamment à travers la mobilisation de chercheurs et de ressources documentaires, pour accompagner cette démarche de mémoire collective.
Roberto Zuccolini, porte-parole de la Communauté de Sant’Egidio, a pour sa part établi un lien étroit entre justice sociale et paix. « La défense des pauvres et la recherche de la paix sont les deux faces d’une pièce », a-t-il affirmé, assurant que son organisation mettra son expérience au service de la nouvelle fondation. Il a également appelé à considérer l’autre comme un compagnon de route, quelles que soient ses différences.
Prenant la parole au nom de la Fondation, la ministre d’Etat Anne Ouloto-Lamizana a rappelé le lourd tribut payé par la Côte d’Ivoire lors de la crise postélectorale de 2010, qui a fait plus de 3 000 morts. Une expérience douloureuse qui, selon elle, doit servir de leçon aux générations présentes et futures. « La paix doit devenir une culture, une compétence et une responsabilité partagée », a-t-elle déclaré.
Pour traduire cette ambition en actions concrètes, quatre initiatives majeures seront déployées : l’Académie africaine de la paix dans le Cavally, le programme Marie Koré, le programme Mémoire, Valeurs et Culture, ainsi que le programme Réflexions et Dialogues Publics. La fondation entend notamment transformer la mémoire en savoir, l’expérience en compétence et l’héritage en projet collectif. « La paix n’appartient à aucun camp. Nous sommes prêts à accueillir tout le monde », a-t-elle assuré, en évoquant le droit des jeunes à rêver d’une grande Côte d’Ivoire où les différences ne deviennent pas des sources de conflits.
Clôturant la cérémonie, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, a appelé à consolider les acquis de stabilité et de rayonnement international de la Côte d’Ivoire. « Un héritage se reçoit, on doit le faire fructifier et le transmettre », a-t-il insisté, précisant que le premier héritage à préserver est la Côte d’Ivoire elle-même. Il a également souligné l’importance de sensibiliser les jeunes, estimant qu’un jeune conscient du prix de la paix résiste davantage à la désinformation et aux discours de haine. Il a enfin félicité Anne Ouloto pour cette initiative, saluant son engagement au service de l’État depuis 2011.