La condamnation de Abdoulaye Traoré marque un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles en Côte d’Ivoire. Le mercredi 22 avril 2026, la justice ivoirienne a reconnu l’ancien international coupable de viol, le condamnant à 36 mois de prison ferme, au paiement de 15 millions de francs CFA de dommages et intérêts à la victime, ainsi qu’à une privation de ses droits civiques pendant dix ans et une interdiction de séjour à Bouaké pour cinq ans.
Dans un communiqué publié dans la foulée, la Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes a salué une décision « importante » qui constitue, selon elle, « une avancée dans la lutte contre l’impunité des violences sexuelles et sexistes ». L’organisation, qui avait accompagné la plaignante dès 2021, voit dans ce verdict un signal fort envoyé à une société où la parole des survivantes reste souvent remise en cause.
L’affaire remonte au 31 mars 2021, lorsque dame E.L., alors âgée de 21 ans, accuse Abdoulaye Traoré de viol. À l’époque, l’ancien joueur, figure emblématique du football ivoirien et vainqueur de la CAN 1992, bénéficie d’un large soutien dans l’opinion publique. Certains évoquent une machination, tandis que des rumeurs médiatiques laissent entendre que la victime aurait retiré sa plainte, reconnaissant un rapport consenti. Malgré une incarcération initiale à la MACA, l’accusé est libéré, alimentant le doute et les divisions autour de cette affaire.
Pendant cinq ans, la procédure judiciaire s’est poursuivie dans un climat de pression et de décrédibilisation. La Ligue souligne le courage de la victime, qui a maintenu ses accusations malgré les attaques et les tentatives de discrédit. Elle rend également hommage aux avocats, notamment Me Doumbia et Me Traoré, qui ont accompagné bénévolement la survivante tout au long de ce « marathon judiciaire ».
Au-delà du verdict, cette affaire a ravivé la parole d’autres femmes. Depuis l’annonce de la condamnation, plusieurs témoignages ont émergé sur les réseaux sociaux, dénonçant des comportements injurieux attribués à l’ancien footballeur.
Créée par de jeunes femmes ivoiriennes, la Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes œuvre pour la lutte contre les violences faites aux femmes, la promotion du féminisme et l’accompagnement juridique, psychologique et social des survivantes. Elle appelle aujourd’hui les institutions, les médias et la société à transformer cette décision en point de départ d’un changement structurel durable.
Pour l’organisation, ce jugement ne doit pas rester isolé, mais ouvrir la voie à une justice plus accessible, protectrice et équitable pour toutes les femmes.